Marco Pantani et le Giro : pourquoi son nom revient autour du Tour d'Italie 2026
Marco Pantani, dernier vainqueur du doublé Giro-Tour en 1998, hante encore le peloton. À l'aube du Giro 2026, retour sur l'héritage du Pirate, ses ascensions mythiques et la résonance de son nom alors que Vingegaard tente le même exploit historique.

À retenir · Marco Pantani est le dernier coureur à avoir réussi le doublé Giro-Tour la même année (1998) · Le Giro 2026 repasse par Piancavallo, sommet de son sacre · Vingegaard vise en 2026 le même exploit historique
Marco Pantani. Le nom suffit. Pour qui a aimé le cyclisme dans les années 1990, il évoque une silhouette frêle, le crâne rasé, le bandana et la montée enragée — la danse sur les pédales, le visage défiguré par l'effort, l'écart soudain. Pour les autres, plus jeunes ou venus tard à ce sport, il représente une légende fragile, le dernier vainqueur du doublé Giro-Tour la même année, en 1998. À l'aube du Giro d'Italia 2026, son nom revient. Et pas par hasard.
Le doublé 1998 : un exploit que personne n'a refait depuis
En 1998, Pantani entre dans l'histoire. Vainqueur du Giro d'Italia en juin (avec une démonstration au Plan-de-Corones et au col de la Marmolada), il enchaîne sur le Tour de France, qu'il remporte en juillet après une ascension restée gravée — le Galibier sous la pluie, dans une étape où il efface Jan Ullrich, alors leader, en quelques kilomètres.
Cet enchaînement Giro + Tour la même année est l'exploit le plus rare du cyclisme moderne. Avant lui, Stephen Roche en 1987, Bernard Hinault en 1985 et 1982, Eddy Merckx (plusieurs fois). Depuis Pantani, personne. La raison est simple : il faut tenir un pic de forme sur quatre mois (mai-juillet), accepter de ne presque pas récupérer entre les deux Grands Tours, et battre des spécialistes qui, eux, ont fait l'impasse sur l'autre course.
C'est ce que Jonas Vingegaard tente en 2026. Et c'est pour cela que les commentateurs italiens, dès l'annonce du parcours, ont prononcé le nom de Pantani.
Piancavallo : un sommet symbolique au menu du Giro 2026
Le parcours du Giro 2026 inclut Piancavallo, station de ski du Frioul, à deux pas de la frontière slovène. C'est sur ces 13,8 kilomètres à 8 % de pente moyenne que Pantani s'était imposé en 1998, avant de conquérir le Giro quelques jours plus tard. La 19ᵉ étape du Giro 2026 (samedi 30 mai) double cette ascension à deux reprises sur 199 km. Symbole pour symbole.
Le pèlerinage est implicite mais lourd. Pour le peloton, gravir Piancavallo en 2026 est une étape sportive ; pour les médias et les passionnés, c'est aussi une confrontation à la mémoire. Si un favori — Vingegaard, Almeida, Hindley — venait à signer un grand numéro sur cette ascension, le parallèle avec 1998 deviendrait inévitable.
Pantani, héritage d'un grimpeur explosif
Au-delà des chiffres, ce qui rendait Pantani unique, c'était la manière. Là où d'autres grimpeurs construisaient leurs efforts sur la régularité (Indurain, Riis), Pantani choisissait l'explosion. Il accélérait soudainement, parfois plusieurs fois dans la même ascension, comme s'il n'avait pas la patience d'attendre l'arrivée. Le résultat : des écarts énormes en très peu de kilomètres, et un public qui retenait son souffle à chaque relance.
Ses sommets de prédilection :
- L'Alpe d'Huez — record d'ascension officieux en 1995, qui a tenu plus de 20 ans
- Le Mortirolo — symbole de la souffrance pure, où il a lâché Indurain en 1994
- Le Galibier — le numéro de 1998 sous la pluie, étape Tour de France
- Piancavallo — Giro 1998, prélude à son sacre
- Le Plan-de-Corones — Giro 2008, montée terminale finie sur les rotules
Une fin tragique qui n'efface rien
Pantani meurt le 14 février 2004 à Rimini, à 34 ans, dans une chambre d'hôtel. Overdose. Avant cela, il y avait eu Madonna di Campiglio, en juin 1999 : exclu du Giro à deux jours de l'arrivée pour un hématocrite trop élevé, alors qu'il volait vers la victoire. Cette exclusion a brisé sa carrière, sa confiance, son équilibre. Le contexte général de cette époque (affaire Festina, tournant antidopage) a encore obscurci le récit.
Vingt ans plus tard, l'héritage Pantani reste complexe. Idolâtré en Italie au point qu'un musée lui est consacré à Cesenatico, sa ville natale, il est aussi un symbole de l'ambivalence d'une génération entière. Mais ce qui fait revenir son nom autour du Giro, ce n'est pas la polémique. C'est la manière. Cette explosivité dans la pente, cette capacité à transformer une ascension en récit. Le cyclisme moderne, plus contrôlé, plus mesuré aux watts par kilo, n'a pas vraiment d'équivalent.
Ce que dirait Pantani du Giro 2026
Difficile de le savoir, bien sûr. Mais le parcours 2026, avec Piancavallo deux fois, le Passo Giau (Cima Coppi à 2 236 m), le Blockhaus, le Mortirolo et l'arrivée Rome après une troisième semaine alpine, est de ceux qui auraient plu au Pirate. Une montagne dense, des arrivées en altitude, un final qui se joue dans les Dolomites — terrain idéal pour un grimpeur explosif.
Si Vingegaard signe ce doublé Giro-Tour 2026, il rejoindra Pantani dans un cercle exclusif. Et si un autre coureur surgit — un outsider, un Almeida en feu, un jeune Italien à la pédale légère — Piancavallo pourrait redevenir, le 30 mai, le théâtre d'un nouveau récit qui résonne avec celui de 1998.
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