Colloque Marc-André Selosse à Toulouse : l'homme et la nature, une alliance à préserver

Le 5 juin 2026, le Conseil départemental de la Haute-Garonne réunit Marc-André Selosse et Denis Cheissoux autour de la biodiversité. Programme et enjeux.

Colloque Marc-André Selosse à Toulouse : l'homme et la nature, une alliance à préserver
Colloque Marc-André Selosse à Toulouse : l'homme et la nature, une alliance à préserver — 8 mai 2026

Vous l'avez sans doute remarqué : depuis quelques années, la biodiversité a quitté les pages spécialisées pour s'inviter dans les conversations ordinaires. On parle pollinisateurs au comptoir du café, mycorhizes dans les festivals, déclin des oiseaux communs au journal de 13h. Cette montée en puissance s'accompagne pourtant d'un paradoxe inconfortable : plus on en parle, plus le vivant recule. Comment articuler vraiment le discours scientifique, les politiques publiques et les pratiques quotidiennes ? C'est exactement la promesse du colloque organisé le 5 juin 2026 par le Conseil départemental de la Haute-Garonne, au Pavillon République de Toulouse.

Sous l'intitulé « L'homme et la nature, une alliance à préserver ! », la journée réunit l'un des biologistes les plus écoutés du moment, Marc-André Selosse, et un animateur familier des auditeurs de France Inter, Denis Cheissoux. Autour d'eux, des élus, des médecins, des paysagistes, des associations de terrain et des chercheurs en sciences de l'éducation. Le programme est dense, parfois technique, mais l'angle revendiqué est limpide : sortir des constats abstraits pour parler santé, alimentation, urbanisme, sport, école.

Pour Melles750, qui suit de près les dynamiques entre biodiversité locale et action publique en Comminges, ce rendez-vous toulousain est un marqueur : la Haute-Garonne assume une parole scientifique cadrée, en lien direct avec ses politiques départementales. Décryptage de ce que l'on peut réellement attendre de cette journée, et de pourquoi elle mérite qu'on lui consacre un mardi de juin.

Un colloque scientifique, mais ancré dans le terrain départemental

Les colloques institutionnels ont parfois mauvaise presse. On y soupçonne les discours convenus, les photos de famille en fin de matinée, les prises de parole calibrées. La proposition du Conseil départemental 31 cherche à éviter ce piège en construisant la journée autour d'une cohérence assumée : la science d'abord, les politiques publiques ensuite, le terrain partout.

L'ouverture par Sébastien Vincini, président du département, à 9h30, donne le cadre politique. Mais c'est l'intervention de Marc-André Selosse à 9h45 qui pose le socle : « La biodiversité, où en est-on vraiment ? ». Le titre est volontairement frontal. Il ne s'agit pas de célébrer la nature en général, mais de faire un état des lieux d'un vivant sous pression, avec les chiffres, les tendances et les liens directs avec notre quotidien : alimentation, santé, climat, économie.

Pourquoi ce format fonctionne (quand il fonctionne)

L'intérêt d'un colloque réussi tient souvent à trois ingrédients :

  • une conférence scientifique d'ouverture suffisamment dense pour calibrer le niveau de la journée,
  • des tables rondes pluri-acteurs qui croisent élus, professionnels, associations et chercheurs,
  • un animateur capable de relancer, de reformuler et d'éviter les monologues.

Sur ces trois critères, le 5 juin coche les cases. Marc-André Selosse n'est pas un conférencier qui surfe sur la mode, c'est un chercheur qui a remis les symbioses au centre de la lecture du vivant. Denis Cheissoux n'est pas un présentateur de plateau, c'est un journaliste qui pratique l'écologie radiophonique depuis trois décennies. Et les tables rondes mêlent vraiment des profils qui ne se croisent pas tous les jours : un médecin cardiologue, une architecte-paysagiste, une responsable LPO, une maître de conférences en sciences de l'éducation.

Marc-André Selosse : pourquoi sa parole compte

Marc-André Selosse est professeur au Muséum national d'histoire naturelle. Ses travaux portent sur les interactions entre espèces, en particulier les symbioses microbiennes qui permettent aux plantes de pousser, aux sols de fonctionner, aux écosystèmes de tenir. Ses livres, Jamais seul, L'origine du monde (sur les sols), Les goûts et les couleurs du monde, ont changé la manière dont une partie du grand public francophone aborde le vivant.

Pourquoi est-ce important pour un colloque grand public ? Parce que Selosse incarne une science qui refuse la simplification. Il rappelle régulièrement que la biodiversité ne se réduit pas aux espèces emblématiques, qu'elle se joue d'abord dans les sols, les microbiomes, les relations invisibles. Cette perspective change radicalement la façon dont on conçoit l'agriculture, la santé, l'aménagement.

À Toulouse, son intervention est attendue sur plusieurs fronts :

  • l'état réel de la biodiversité française et européenne, sans triomphalisme ni catastrophisme,
  • les liens directs avec l'alimentation (qualité des sols, diversité cultivée, microbiote),
  • les conséquences sanitaires d'un appauvrissement du vivant,
  • les leviers économiques pour inverser la tendance.

Cette manière d'articuler le très petit (les microbes) et le très grand (les politiques publiques) est ce qui rend Selosse pertinent pour un public départemental. Il parle aux maires, aux agriculteurs, aux randonneurs, aux parents d'élèves, sans jamais quitter le terrain scientifique.

Première table ronde : la nature, un espace de liberté à protéger

À 11h15, le colloque entre dans le concret avec une table ronde consacrée aux usages récréatifs de la nature. Le sujet est sensible : les pratiques de plein air explosent (trail, kayak, vélo, randonnée), et avec elles les tensions avec la faune sauvage et les milieux fragiles. Les Pyrénées commingeoises connaissent bien ces frictions, comme l'a illustré la polémique sur les baignades en lacs d'altitude.

Maryse Vezat-Baronia, vice-présidente du département en charge du tourisme, et Pascal Boureau, président de Haute-Garonne Environnement, présentent le Plan Départemental des Espaces, Sites et Itinéraires (PDESI). Outil discret mais structurant, ce plan recense, hiérarchise et encadre les itinéraires de pleine nature à l'échelle départementale.

Des retours d'expérience à hauteur de pratiquants

Trois interventions complètent ce cadre institutionnel :

  • Ludovic Daviau (Granhota) raconte comment une association de canoë-kayak basée à Clermont-le-Fort sur l'Ariège construit ses activités dans le respect d'une rivière vivante.
  • Un représentant d'une association de trail détaille les engagements pris par les organisateurs : balisage temporaire, ramassage exhaustif, évitement des zones de nidification.
  • Carole Voisin, maître de conférences à Toulouse Jean-Jaurès, présente une recherche sur les représentations de la nature chez les enfants et les pratiques d'éducation à la biodiversité à l'école.
  • Chantal Ségui (LPO Occitanie) détaille Biodiv'Sport, l'outil cartographique qui permet aux pratiquants de connaître les zones et périodes sensibles avant de partir.

L'enjeu est clair : refuser le faux dilemme « interdire ou laisser faire ». Les pratiques de pleine nature sont une porte d'entrée vers la connaissance du vivant, à condition d'être encadrées par de la donnée, de la formation et un dialogue continu avec les associations naturalistes.

Pause déjeuner : un temps qui n'est pas anodin

Entre 12h45 et 14h, la pause déjeuner est aussi un moment de colloque. C'est souvent là que les associations échangent les contacts, que les élus croisent les chercheurs, que les projets se nouent. La question de ce qui est servi à table n'est pas non plus innocente quand on parle biodiversité et alimentation. C'est l'un des points sur lesquels le retour en force de la bio trouve toute sa pertinence : les choix d'approvisionnement des collectivités envoient un signal aussi fort que les discours.

Deuxième table ronde : biodiversité et santé, un lien désormais documenté

L'après-midi s'ouvre à 14h sur un thème qui aurait paru étrange il y a vingt ans dans un colloque institutionnel : « Favoriser la biodiversité pour vivre en meilleure santé ». La littérature scientifique sur les bénéfices du contact avec la nature s'est considérablement étoffée, et il devient possible de parler santé publique en parlant écosystèmes.

Émilienne Poumirol, sénatrice de la Haute-Garonne, et Victor Denouvion, vice-président du département en charge de la bifurcation écologique, présentent la politique des Espaces Naturels Sensibles, notamment dans son volet d'accessibilité aux populations les plus fragiles. C'est un point essentiel : la nature comme bien commun ne doit pas devenir un privilège réservé aux urbains équipés.

Alexandre Duparc, cardiologue au CHU de Rangueil, apporte la dimension médicale. Les études convergent : exposition régulière à des espaces naturels, pratique d'activité physique en milieu végétalisé, exposition à la diversité microbienne dès l'enfance. L'effet se mesure sur la pression artérielle, la santé mentale, les pathologies inflammatoires.

L'urbanisme comme levier

Deux interventions complètent la table ronde :

  • l'association CPIE Terres Toulousaines présente le dispositif des balades urbaines accompagnées, qui permet à des publics éloignés de la nature de redécouvrir leur ville comme un milieu vivant,
  • Nolwenn Marchand, architecte-paysagiste au CAUE 31, expose un projet de revégétalisation en commune rurale, illustration concrète d'un urbanisme plus accueillant pour le vivant.

Cette dernière intervention résonne avec les enjeux que rencontrent les communes du Comminges et du piémont pyrénéen : comment maintenir des bourgs vivants sans imperméabiliser à outrance, sans couper les haies, sans uniformiser les essences ? La question est d'autant plus pressante que le gouvernement continue de tailler dans la protection des haies, reportant sur les collectivités locales une partie de l'effort.

Synthèse, clôture et au-delà

À 15h30, Jean-Louis Hemptinne, enseignant-chercheur à l'École Nationale Supérieure de Formation de l'Enseignement Agricole de Toulouse-Auzeville, livre la synthèse de la journée. Choisir un didacticien de l'écologie pour ce rôle n'est pas neutre : la transmission est l'autre nom de la conservation à long terme. Sans renouvellement des regards, les politiques publiques s'épuisent.

La clôture, assurée par Victor Denouvion et Pascal Boureau, doit poser la suite. Un colloque ne vaut que par ce qu'il déclenche : ateliers, partenariats, financements, formations. La cohérence avec d'autres dynamiques départementales sera scrutée, notamment les Atlas de la Biodiversité Communale qui constituent une porte d'entrée concrète pour les communes désireuses de cartographier leur vivant.

Ce qu'on peut en faire en pratique

Pour les habitants de la Haute-Garonne, du Comminges et au-delà, plusieurs pistes d'appropriation se dessinent :

  • consulter Biodiv'Sport avant un trail, une sortie kayak ou une rando engagée,
  • s'informer sur les Espaces Naturels Sensibles ouverts au public dans son secteur,
  • soutenir les associations d'éducation à l'environnement comme l'AREMIP en Comminges, le CPIE Terres Toulousaines en agglomération,
  • adapter ses choix alimentaires vers des filières qui soutiennent réellement la biodiversité cultivée,
  • pousser dans sa commune la question des haies, des trames vertes et des cours d'école désimperméabilisées.

Ces actions ne remplacent pas les politiques publiques, mais elles les rendent crédibles. C'est précisément le pari du colloque : créer une chaîne continue entre laboratoire, hémicycle départemental, terrain associatif et pratique quotidienne.

Pour aller plus loin

Le colloque Marc-André Selosse à Toulouse, organisé le 5 juin 2026 par le Conseil départemental de la Haute-Garonne au Pavillon République, propose une journée rare : croiser la parole scientifique de l'un des biologistes les plus écoutés du moment, l'animation aguerrie de Denis Cheissoux, et des retours d'expérience concrets sur les liens entre biodiversité, santé, sport, éducation et urbanisme. « L'homme et la nature, une alliance à préserver » n'est pas un slogan, c'est un programme de travail.

Pour les lecteurs qui souhaitent prolonger le sujet, plusieurs ressources se complètent : les bases d'une biodiversité locale active en Comminges avec l'AREMIP, les enjeux d'une communication touristique plus authentique et responsable, et la lecture critique des politiques publiques sur les haies et la biodiversité ordinaire. L'inscription au colloque se fait sur la plateforme du Conseil départemental, et l'événement est ouvert gratuitement, dans la limite des places disponibles.

Reste l'essentiel : un colloque ne change pas le monde, mais il peut consolider une coalition de personnes décidées à le faire vivre autrement. Le 5 juin 2026, à Toulouse, c'est à cela que ressemblera le Pavillon République. Bonne écoute, et belles suites.

Questions fréquentes

Tags
marc andre selossedenis cheissouxcolloque biodiversitehaute garonneconseil departemental 31toulouseecologiebiodiversitemuseum national histoire naturelleespaces naturels sensibleseducation environnementsante naturelpo occitaniebiodivsportcpie terres toulousainescaue 31trail environnementcanoe kayak ariegebifurcation ecologique