Cartes.gouv.fr : l'IGN lance son alternative française à Google Maps et Street View

Jeudi 25 juin 2026 · L'IGN lance cartes.gouv.fr · Alternative française à Google Maps · 1 100 couches cartographiques (cadastre, urbanisme, forêts, agriculture, cartes Cassini, LiDAR HD) · Panoramax, alternative libre à Google Street View, codéveloppée avec OpenStreetMap France, déjà 110 millions de photos · Géoportail ferme en septembre 2026 · Service gratuit, sans compte requis pour consulter
L'Institut national de l'information géographique et forestière (IGN) a inauguré ce jeudi 25 juin 2026 une nouvelle plateforme cartographique publique : cartes.gouv.fr. Vingt ans après le lancement de Géoportail, le portail historique de l'IGN, l'opérateur public propose un service unifié qui se veut alternative souveraine à Google Maps, avec en prime Panoramax, équivalent libre à Google Street View développé avec OpenStreetMap France.
L'ambition est claire et l'IGN ne s'en cache pas : à l'heure où la souveraineté numérique préoccupe une part croissante des utilisateurs, l'État français reprend la main sur la cartographie de référence du territoire. Et selon un sondage Ipsos BVA cité par l'IGN, 87 % des Français jugent important ou indispensable que l'État développe et gère ses propres outils cartographiques.
Ce que regroupe cartes.gouv.fr en pratique
| Élément | Détail |
|---|---|
| Date de lancement | 25 juin 2026 |
| Opérateur | IGN, avec contributions INSEE, Cerema, MNHN |
| Nombre de couches | 1 100+ cartes superposables |
| Vues immersives | Panoramax (110 M photos), codéveloppé avec OpenStreetMap France |
| Tarif | Gratuit |
| Compte requis | Non pour consulter, oui pour annoter et sauvegarder |
| Plateformes | Web desktop, mobile, tablette, accessibilité optimisée |
| Géoportail | Ferme en septembre 2026 |
Pour cet article, nous avons fait le test sur la commune de Melles (31440), dans les Pyrénées haut-garonnaises. Le site charge la vue cadastrale en quelques secondes, les bâtiments du village sont identifiés, et il est possible de basculer en quelques clics sur la photographie aérienne, la carte IGN au 1/25 000 ou la carte de Cassini du XVIIIe siècle pour comparer les paysages.
Les 1 100 couches : qu'est-ce qu'on y trouve ?
C'est probablement la richesse principale de la plateforme. Pendant que Google Maps offre une ergonomie redoutable mais des données limitées au commerce et à la navigation, cartes.gouv.fr ouvre l'accès à une profondeur de couches techniques que les utilisateurs avancés (élus, professionnels, randonneurs, chercheurs, journalistes) cherchaient depuis longtemps.
Les principaux registres :
| Type de couches | Exemples |
|---|---|
| Référence | Photographies aériennes, cartes topographiques IGN, plan IGN |
| Cadastre | Parcelles, bâtis, limites de propriété |
| Histoire | Carte de Cassini (XVIIIe-XIXe), évolution des paysages depuis 1950 |
| Urbanisme | Plans locaux, zonages |
| Agriculture et forêts | Inventaire forestier, registre parcellaire graphique |
| Énergies renouvelables | Cartes éolien, solaire, biomasse |
| Démographie | Densité de population, données INSEE |
| Risques | Zones inondables, risques d'incendie, sismicité |
| Relief LiDAR HD | Topographie laser ultra précise (relief 3D, talus, sentiers cachés) |
Les couches sont superposables et atténuables : on peut afficher une photographie aérienne en arrière-plan et la rendre semi-transparente pour voir le cadastre par-dessus, par exemple. Un usage très utile pour quiconque veut comprendre l'occupation d'un terrain ou la géographie d'un quartier.
Panoramax : l'alternative libre à Google Street View
C'est probablement la nouveauté la plus attendue. Panoramax est intégré à cartes.gouv.fr et permet de naviguer au niveau du sol, comme Google Street View. Différence majeure : le service est un commun numérique codéveloppé par l'IGN et OpenStreetMap France, donc ouvert et contributif.
| Aspect | Panoramax | Google Street View |
|---|---|---|
| Nature | Commun numérique libre | Service commercial Google |
| Photos | 110 millions, croissance contributive | Plusieurs milliards, capture pro Google |
| Contribution | Tout citoyen peut ajouter ses photos | Réservé à Google et partenaires |
| Densité | Variable selon contributions locales | Couvre la plupart des routes carrossables |
| Fluidité | Encore en développement | Mature, très fluide |
Pour le moment, Panoramax est moins dense et moins fluide que Google Street View. C'est cohérent : il a démarré il y a peu et croît grâce aux contributions citoyennes. Sur les zones bien couvertes, l'expérience est satisfaisante. Sur les zones moins couvertes, il faudra attendre l'arrivée de nouveaux contributeurs, voire contribuer soi-même depuis l'espace public.
Ce qu'il manque encore par rapport à Google Maps
Soyons honnêtes : à ce stade, cartes.gouv.fr n'égale pas la qualité d'ergonomie de Google Maps. Sur la fluidité, sur la présentation des données, sur certaines fonctionnalités touristiques (avis, photos commerce, horaires d'ouverture), Google reste devant.
Les écarts notables :
| Critère | Google Maps | Cartes.gouv.fr |
|---|---|---|
| Ergonomie générale | Très polie | Encore perfectible |
| Fluidité au zoom | Excellente | Bonne mais en deçà |
| Vues 3D | Très avancées (Earth) | LiDAR HD pour le relief uniquement |
| Couverture mondiale | Mondiale | Surtout France |
| Avis et horaires commerce | Oui, riches | Non (pas la vocation) |
| Profondeur de données techniques | Faible | Très élevée |
| Données ouvertes et souveraines | Non | Oui |
Le bon réflexe est donc de combiner les deux : Google Maps pour la navigation rapide et la recherche de commerces, cartes.gouv.fr pour tout ce qui touche aux données du territoire, à l'urbanisme, au cadastre, à la randonnée fine et aux analyses cartographiques.
À quoi ça sert concrètement dans les Pyrénées 31 ?
Quelques cas d'usage où cartes.gouv.fr apporte une vraie valeur ajoutée par rapport à Google :
- Préparer une randonnée avec la carte IGN au 1/25 000 superposée à la photographie aérienne, en visualisant le profil altimétrique
- Comprendre la topographie d'un secteur de moyenne montagne avec le LiDAR HD (talus, anciennes terrasses, sentiers oubliés)
- Vérifier la propriété d'un chemin ou d'une parcelle via le cadastre
- Comparer un paysage d'aujourd'hui avec la carte de Cassini (XVIIIe siècle) pour voir l'évolution du bâti et de la forêt
- Visualiser les zones à risque d'incendie ou d'inondation pour une commune
- Préparer un projet d'aménagement ou de construction avec les données d'urbanisme officielles
Pour les randonneurs, élus locaux, agriculteurs, forestiers, professionnels du tourisme et historiens du territoire, l'outil est désormais incontournable.
Une carte qui s'inscrit dans une histoire longue
L'IGN rappelle qu'il y a trois siècles, la carte de Cassini posait les fondations de la cartographie nationale française. Cartes.gouv.fr s'inscrit dans cette continuité, transposée à l'ère numérique. Les contributeurs publics au portail :
| Acteur | Contribution |
|---|---|
| IGN | Pilote du projet, données de référence |
| INSEE | Données démographiques et statistiques |
| Cerema | Risques, environnement, mobilité, aménagement |
| MNHN | Données naturalistes et biodiversité |
D'autres opérateurs publics sont invités à rejoindre le projet pour partager leurs propres données. La logique de commun numérique est explicite : chacun contribue, tout le monde profite.
Pour aller plus loin
L'adresse officielle est simple : cartes.gouv.fr. Pas besoin de compte pour consulter. La création de compte donne accès aux annotations, sauvegardes et partages de cartes personnalisées. Les anciens services (geoportail.gouv.fr, geoservice.ign.fr, macarte.ign.fr, espacecollaboratif.ign.fr) sont en train de converger vers ce portail unifié.
Pour les habitués de Géoportail, le réflexe est à mettre à jour avant septembre 2026, date annoncée de fermeture. Pour les utilisateurs de Google Maps : pas besoin de tout migrer du jour au lendemain, mais ouvrir cartes.gouv.fr est un bon réflexe à prendre pour tout ce qui touche au territoire français en profondeur.