Crémaillère Luchon-Superbagnères : un musée pour faire revivre le train 1912-1966

Projet du Musée de la Crémaillère Luchon-Superbagnères · Site officiel : cremaillere-superbagneres.fr · Ligne inaugurée le 9 août 1912, dernier voyage août 1966 · 1 797 m d'altitude au plateau de Superbagnères · Porté par la Fondation du Musée de la Crémaillère (en constitution, fondateurs VFDM et LEYFA) · Soutenu par la Région Occitanie · Le musée s'installera dans la gare de Luchon rénovée · Reconstitution 3D par la société Ymersio
Il y a une histoire ferroviaire dans le Luchonnais que peu de gens connaissent : celle d'un train à crémaillère électrique qui reliait la gare de Luchon au plateau de Superbagnères, du 9 août 1912 à août 1966. Cinquante-quatre années d'exploitation, des centaines de milliers de voyageurs, et un patrimoine technique remarquable qui n'a aujourd'hui plus aucune trace physique sur le terrain.
Un projet en cours veut faire revivre cette mémoire ferroviaire : la Fondation du Musée de la Crémaillère, en cours de constitution, prépare l'ouverture d'un musée dans la gare de Luchon, rénovée par la Région Occitanie. Avec collections d'origine, reproduction de voiture voyageurs grandeur nature et reconstitution 3D par la société Ymersio.
Le train de 1912 en quelques chiffres
| Élément | Détail |
|---|---|
| Mise en service | 9 août 1912 |
| Fermeture définitive | Août 1966 |
| Durée d'exploitation | 54 ans (avec interruption 1942-1945) |
| Altitude au plateau | 1 797 m au Grand-Hôtel de Superbagnères |
| Type de traction | Électrique dès l'origine |
| Constructeur | Compagnie du chemin de fer Haute-Garonne / Pyrénées (CFHMP) |
À l'époque, on parle d'une prouesse technique : un train électrique en montagne, en 1912, dans les Pyrénées. À comparer avec la crémaillère de la Rhune (Pays basque), encore en service aujourd'hui, qui sera d'ailleurs au cœur des compétences mobilisées sur ce nouveau projet (voir plus bas).
La chronologie complète, du funiculaire au télécabine
L'histoire est plus longue que la seule crémaillère. Tout commence en 1894 avec un funiculaire, et finit en 1993 avec la télécabine qui dessert encore aujourd'hui le plateau.
| Année | Événement |
|---|---|
| 1894 | Ouverture du funiculaire de la Chaumière, premier maillon vers la montagne |
| 1899 | Projet de prolongement du funiculaire jusqu'à Superbagnères |
| 1911 | Création de la CFHMP et début des travaux de la crémaillère |
| 9 août 1912 | Inauguration et ouverture au public de la crémaillère électrique |
| 1922 | Inauguration du Grand-Hôtel de Superbagnères à 1 797 m |
| 11 novembre 1942 | Occupation du Luchonnais : arrêt de l'exploitation |
| 1945-1946 | Réouverture de la crémaillère et de la station |
| 28 février 1954 | Accident de la crémaillère ; reprise quelques mois plus tard |
| 1960 | Ouverture de la route touristique Luchon-Superbagnères, concurrente directe |
| 1963 | Décision de fermeture du train à crémaillère |
| Août 1966 | Dernier voyage et fermeture définitive ; début de la dépose de la voie |
| 1972-1974 | Dépose complète de la voie ; une partie du matériel rejoint le train de la Rhune |
| 1993 | Inauguration de la télécabine Luchon-Superbagnères, qui dessert aujourd'hui le plateau |
La fermeture en 1966 est emblématique d'une époque : la voiture individuelle prend le dessus sur le rail touristique partout en France. La route touristique ouverte en 1960 fait chuter la fréquentation du train en six ans seulement. Avec un peu de recul, c'est exactement le mouvement inverse qui se rejoue aujourd'hui : retour du train Montréjeau-Luchon, projets SkiRail, réflexions sur la sobriété touristique.
Qu'est-ce qu'on verra dans le futur musée ?
Le musée s'installera dans la gare de Luchon, déjà rénovée par la Région Occitanie. Quatre éléments structurent la mise en scène :
| Élément | Détail |
|---|---|
| Collections d'archives | Documents historiques rassemblés depuis plus de 20 ans |
| Matériel roulant authentique | Pièces d'origine de la crémaillère |
| Objets d'époque | Mobilier, signalétique, accessoires de voyage |
| Reproduction de voiture voyageurs | Une voiture reconstituée grandeur nature pour s'immerger |
| Reconstitution 3D Ymersio | Parcours virtuel de la ligne et du matériel, fidélité technique remarquable |
La reconstitution 3D mérite une mention particulière. Réalisée par la société Ymersio à partir des archives et relevés techniques du porteur de projet, elle permettra de faire revivre virtuellement le matériel et le parcours du train entre forêt et champs de neige. Motrice électrique, voitures voyageurs, paysages : chaque détail est reproduit avec une exigence de fidélité technique élevée.
Alban Leymarie, porteur du projet : une légitimité rare
Le projet n'est pas porté par hasard. Alban Leymarie, à l'origine de la fondation, cumule trois légitimités assez rares en patrimoine ferroviaire :
| Légitimité | Détail |
|---|---|
| Familiale | Petit-fils d'André Leymarie, dernier conducteur de la crémaillère avant la fermeture de 1966 |
| Technique | Ingénieur IMT Mines Albi, co-fondateur et DG de LEYFA Measurement, filiale de SNCF Réseau spécialisée dans la mesure de géométrie des voies ferrées |
| Opérationnelle | A piloté la régénération du Chemin de fer de la Rhune entre 2021 et 2024, autre crémaillère pyrénéenne emblématique |
| Historique | Auteur de l'ouvrage de référence « Le chemin de fer à crémaillère Luchon à Superbagnères 1912-1966 » (Lacour-Ollé, 2006), publications régulières dans la Revue Générale des Chemins de Fer |
Plus de vingt ans de collecte d'archives, de témoignages et d'objets d'époque ont précédé le lancement du projet. Le passage à la phase « musée » n'est pas une initiative spontanée, c'est l'aboutissement d'un travail de fond.
Les fondateurs : VFDM et LEYFA Measurement
La Fondation du Musée de la Crémaillère est fondée par deux entreprises issues du secteur ferroviaire et de l'ingénierie de précision :
- VFDM (Voies Ferrées Du Midi), spécialiste des infrastructures ferroviaires
- LEYFA Measurement, filiale de SNCF Réseau spécialisée dans la mesure de géométrie des voies ferrées
Deux entreprises industrielles qui apportent à la fois la légitimité technique et les ressources nécessaires à un projet patrimonial de cette ampleur.
Pourquoi cette mémoire mérite d'être préservée
Pour les habitants de Luchon et du Comminges, c'est un devoir de mémoire vis-à-vis des aînés et une source de fierté pour leurs descendants. Trois générations ont vécu avec le train de la crémaillère, l'ont pris pour aller skier, pique-niquer, fêter un mariage. Pour les visiteurs, c'est l'occasion de comprendre comment le territoire pyrénéen s'est construit son économie touristique entre innovation ferroviaire, hôtellerie d'altitude (le Grand-Hôtel de Superbagnères) et invention du tourisme thermal et de montagne.
C'est aussi une lecture utile pour penser l'avenir. La crémaillère a fermé en 1966 parce que la voiture l'a remplacée. Soixante ans plus tard, on rouvre la ligne Montréjeau-Luchon, on imagine des forfaits SkiRail combinant train et remontées mécaniques, on cherche à désenclaver les Pyrénées sans voiture avec les navettes Lipy l'été. Le musée de la crémaillère pourrait raconter l'histoire d'un aller-retour collectif vers les solutions ferroviaires.
En attendant l'ouverture du musée
Le site officiel du projet est en ligne : cremaillere-superbagneres.fr. Il présente l'histoire de la ligne, le projet de musée et la Fondation. Pour les amateurs de patrimoine ferroviaire, l'ouvrage de référence d'Alban Leymarie publié en 2006 reste la lecture la plus complète sur le sujet.
Pour ceux qui veulent voir des photos et anecdotes d'époque, des fonds documentaires existent dans les Archives départementales de Haute-Garonne et au sein de la documentation régionale Occitanie. La gare de Luchon elle-même, qui accueillera le musée, vaut déjà la visite pour qui apprécie l'architecture ferroviaire de la Belle Époque.