« Nuisibles » : la liste des espèces à abattre renouvelée pour trois ans

Malgré les incendies, la sécheresse et les premières inondations qui en découlent, la France reconduit sa politique de destruction d'espèces jugées gênantes pour les activités économiques. Le 21 août 2026, le gouvernement a renouvelé pour trois ans la liste des « nuisibles ». Scientifiques et associations parlent d'une aberration écologique et économique.

« Nuisibles » : la liste des espèces à abattre renouvelée pour trois ans
« Nuisibles » : la liste des espèces à abattre renouvelée pour trois ans — 24 août 2026

« Nuisibles » : la liste des espèces à abattre renouvelée pour trois ans

Malgré les incendies, la sécheresse et les premières inondations qui en découlent, malgré un dérèglement climatique désormais manifeste et lié aux activités humaines, la France reconduit une politique qui s'acharne sur une partie de la biodiversité, au motif qu'elle gênerait certaines activités économiques.

Le vendredi 21 août 2026, le ministère de la Transition écologique a publié au Journal officiel la liste des « espèces susceptibles d'occasionner des dégâts » (Esod), valable pour les trois prochaines années.

Neuf espèces dans le viseur

Neuf espèces sont désignées : la belette d'Europe, la fouine, la martre des pins, le renard roux, le corbeau freux, la corneille noire, la pie bavarde, le geai des chênes et l'étourneau sansonnet. Chaque année, environ 1,7 million de renards, mustélidés et corvidés sont abattus au prétexte de réduire les risques sanitaires et les dégâts aux activités et aux biens. Ces animaux peuvent être détruits par tir, piégeage et déterrage toute l'année, et pour certains en quantité illimitée, même en dehors des périodes de chasse.

La Ligue pour la protection des oiseaux (LPO) a annoncé un recours devant le Conseil d'État. Son président, Allain Bougrain-Dubourg, dénonce auprès de l'AFP un « non-sens économique », l'éradication de ces espèces coûtant selon lui plusieurs fois plus cher que les dégâts qu'on leur impute.

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Une politique jugée inefficace et coûteuse

En mars, une équipe du Muséum national d'histoire naturelle a analysé sept années de données officielles pour mesurer l'efficacité du dispositif. Conclusion publiée dans la revue Biological Conservation : tuer des renards, des pies et des corneilles par centaines de milliers ne réduit pas les dégâts qui leur sont attribués, et lever le pied n'augmente pas non plus les dommages.

Les populations, elles, ne diminuent pas. « Plus on tire dessus, plus il y aura de la place » pour de nouveaux individus, résume Elsa Bonnaud, enseignante-chercheuse à l'université Paris-Saclay : la population se reconstitue. Côté budget, les auteurs estiment le coût de cette politique entre 103 et 123 millions d'euros par an, quand les dommages officiels vont de 8 à 23 millions. Le dispositif est qualifié d'« inefficace » et d'« économiquement injustifiable ».

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Des espèces utiles aux écosystèmes

Pour Martin Pranckle, chargé de mission à la Fondation pour la recherche sur la biodiversité interrogé par Reporterre, cet arrêté est « une aberration écologique dans un contexte d'érosion de la biodiversité ». Définir des destructions à l'échelle d'une espèce entière, et sur le périmètre large d'un département, n'a selon lui pas de sens : les comportements gênants relèvent le plus souvent d'individus, pas d'une espèce.

Or ces espèces rendent des services concrets. Les fouines, martres, belettes et renards consomment les rongeurs qui s'attaquent aux cultures, comme le campagnol et le mulot. Ce sont aussi des agents sanitaires qui éliminent carcasses et individus malades, et régulent des hôtes de tiques porteuses de la maladie de Lyme. Le geai des chênes participe à la reforestation en dispersant les glands, et les terriers du renard oxygènent les sols forestiers. En éradiquant ces auxiliaires, prévient l'écologue, on s'expose à devoir recréer leurs fonctions à coups de pesticides.

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À Toulouse, un atelier pour changer de regard sur le renard

Pendant que l'arrêté relance la polémique, le Muséum d'histoire naturelle de Toulouse propose, dans le cadre des Lyres d'été et jusqu'au 30 août, un atelier pour découvrir le renard en s'amusant : les mardis pour les 4-6 ans, les jeudis pour les 7-10 ans. L'objectif, résument les animateurs, est que les enfants se fassent leur propre idée de l'animal, au-delà de sa réputation de voleur de poules.

Car le renard est d'abord un régulateur : opportuniste, il se nourrit surtout de petits rongeurs et de lapins, et peut avaler jusqu'à 6 000 souris par an, soit une quinzaine par jour. « Il nettoie la nature », résume l'atelier, un rôle utile que la classification en « nuisible » tend à faire oublier.

Face à ce constat, les scientifiques plaident pour des interventions ciblées et localisées en cas de dégâts avérés, plutôt qu'une destruction généralisée : une « cellule de réponse rapide », la plantation de haies ou l'installation de perchoirs pour favoriser le retour des rapaces, prédateurs naturels des corvidés. L'argent économisé pourrait alors financer la restauration de la biodiversité, plutôt que sa destruction.

Questions fréquentes

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