Foire Bio et Terroir d'Arbas 2026 : la Sève fête sa 20ᵉ édition, joyeuse résistance
Le 10 mai 2026, la Foire Bio et Terroir d'Arbas fête sa 20ᵉ édition avec 60 exposants, l'alimentation vivante en thème, conférences et batucada.

Vous l'avez sans doute remarqué : à Arbas, le deuxième dimanche de mai a quelque chose d'un rite. Les habitants sortent les chaises pliantes, les pépiniéristes garent leurs camionnettes en bord de place dès l'aube, et une rumeur joyeuse monte du village entre les premières feuilles du tilleul. Cette année, le 10 mai 2026, la Foire Bio et Terroir d'Arbas fête sa 20ᵉ édition. Près de vingt ans d'opiniâtreté, de plants échangés, de discussions sur les graines paysannes, de batucada qui fait trembler les pavés.
Pour qui n'a jamais mis les pieds à Arbas, ce gros bourg blotti au pied du massif du Cagire, c'est l'occasion idéale. La place du village, harmonieuse, accueille plus de soixante exposants : producteurs bio du Comminges, pépiniéristes, artisans, associations militantes, librairie, cosmétiques, et même un défilé déjanté de la Ressourcerie d'Aspet. L'association La Sève, qui orchestre tout cela depuis 2007, a choisi pour 2026 un thème exigeant : l'alimentation vivante. Un sujet sur lequel beaucoup ont des intuitions, peu ont des réponses claires, et que cette journée se propose d'éclairer sans dogme ni gourou.
Dans cet article, on vous propose un tour complet : le programme heure par heure, ce qu'il faut emporter, les coulisses bénévoles de l'événement, la philosophie singulière de La Sève sur la question des labels, et quelques pistes pour prolonger la démarche le reste de l'année. Parce qu'une foire, c'est une journée — mais ce qu'elle déclenche dans nos cuisines, nos jardins et nos placards peut durer bien plus longtemps.
Près de vingt ans de Foire Bio : une résistance joyeuse au pied du Cagire
L'histoire commence à la fin des années 2000, quand quelques habitants d'Arbas et des vallées voisines décident qu'il manque quelque chose dans le paysage : un rendez-vous où les producteurs bio du piémont pyrénéen pourraient se rencontrer, échanger leurs plants, montrer leur travail à un public élargi, et discuter sans intermédiaire avec les consommateurs. L'association La Sève naît dans cet élan, avec une boussole simple : éthique avant tout, festivité quand même.
Près de vingt ans plus tard, la formule n'a pas tellement changé, et c'est sa force. Pas de sponsor envahissant, pas de stands "greenwashés" qui vendent du superflu en se drapant dans le vert. La sélection des exposants est rigoureuse, parfois exigeante, et elle s'appuie autant sur les certifications officielles que sur le lien de confiance tissé au fil des années avec des producteurs locaux. Comme l'expliquait la coprésidence lors d'une édition récente : payer plusieurs centaines d'euros par an à un organisme privé pour prouver qu'on ne produit pas de poison, ce n'est pas une évidence. Certains paysans choisissent de s'en passer, et La Sève leur ouvre ses tables.
Cette posture, on peut la discuter — la certification bio européenne reste un repère utile pour le consommateur — mais elle a au moins le mérite de poser la question : qu'est-ce qui fonde, vraiment, notre confiance dans un produit ? L'étiquette, ou la conversation directe avec celui qui l'a cultivé ?
Le Comminges, terre de circuits courts
Arbas n'est pas un cas isolé. Dans toute la Haute-Garonne pyrénéenne, on assiste depuis une dizaine d'années à un foisonnement d'initiatives : marchés paysans, AMAP, jardins partagés, foires aux plants. La dynamique des journées agricoles du Comminges en est une autre illustration. La Foire d'Arbas s'inscrit dans cette toile, à la fois comme événement phare du printemps et comme caisse de résonance des autres engagements locaux.
Le programme du 10 mai 2026, heure par heure
Pour s'y retrouver, voici les moments forts à ne pas rater. La journée s'étire de 9h30 à 18h, mais les festivités musicales prolongent agréablement l'après-midi.
- 9h30 : ouverture des stands. Les pépiniéristes sont déjà installés, et c'est souvent le meilleur moment pour repérer les plants rares avant qu'ils ne partent.
- 10h30 : contes pyrénéens et nature avec Florise Ordronneau. Une parenthèse douce, en entrée de journée, pour les enfants comme pour les adultes.
- 13h30 : conférence de Dominique Barès sur l'alimentation vivante. Le moment intellectuel de la foire, à ne pas manquer si le sujet vous intrigue.
- 14h30 : la Chorale Art-Cade investit la place. Polyphonie, répertoire engagé, voix qui portent dans l'air encore frais de mai.
- 16h00 : défilé déjanté de la Ressourcerie d'Aspet, accompagné de La Batucada. Costumes improbables, percussions à fond, c'est l'instant photo de la journée.
- 17h30 : concert des Foggy Tapes, surf rock énergique aux accents sixties, pour finir la journée debout.
Entre ces rendez-vous, il y a tout le reste : flâner entre les stands, goûter une tomme de brebis, repartir avec un savon artisanal ou un panier en osier, discuter avec l'association Passes Graines, s'installer un moment à la buvette.
L'alimentation vivante : pourquoi ce thème en 2026 ?
Le terme "alimentation vivante" peut paraître flou. Il recouvre plusieurs réalités : aliments crus ou peu transformés, fermentations, germinations, lacto-fermentations, jus frais, choix de produits dont la vitalité enzymatique est préservée. Derrière le mot, il y a une idée simple, presque évidente : nos aliments industriels modernes, ultra-transformés, ont perdu une grande partie de ce qui en faisait des vecteurs de vie pour nos organismes.
Dominique Barès, conférencier invité, ne mâche pas ses mots : il alerte sur les dérives d'une alimentation industrielle ultra-transformée et rappelle que le vivant se nourrit du vivant. La formule est volontairement choc. Elle invite à reconsidérer ce qu'on appelle "manger sainement" : non pas seulement compter les calories ou éviter le sucre, mais réintroduire dans nos assiettes des produits non dénaturés, riches d'enzymes, de micro-organismes, de bactéries utiles.
Quelques pistes concrètes pour s'y mettre
- Réintroduire des légumes lacto-fermentés (choucroute crue, kimchi maison, betteraves rouges en saumure).
- Faire germer des graines (alfalfa, lentilles, fenugrec) sur le rebord de la fenêtre.
- Consommer des fruits et légumes crus de saison, idéalement locaux.
- Limiter la cuisson agressive : préférer la vapeur douce ou la cuisson à basse température.
- S'intéresser aux pains au levain naturel, aux fromages au lait cru, au kéfir.
Rien d'extrême là-dedans. Plutôt une réorientation progressive du panier de courses. Pour celles et ceux qui veulent compléter leur garde-manger entre deux foires, les épiceries en ligne engagées peuvent jouer un rôle utile.
Le marché aux plants : le rendez-vous des jardiniers du Comminges
S'il y a une raison pour laquelle beaucoup font le déplacement, c'est bien lui : le marché aux plants. Tomates anciennes, courges oubliées, aromatiques rares, fraisiers vigoureux, plants de poireaux et de brocolis sélectionnés par des pépiniéristes qui connaissent leur sol. Tous certifiés bio (ou produits selon les principes de l'agriculture biologique pour les non-labellisés), ce qui garantit en général une meilleure résistance aux maladies une fois en terre.
Le conseil des habitués : arriver tôt. Les variétés les plus recherchées partent avant midi. Apportez un cabas solide, des étiquettes pour ne pas mélanger vos achats, et n'hésitez pas à poser des questions aux producteurs : ils adorent ça, et leurs conseils valent souvent l'achat lui-même. C'est aussi l'occasion d'enrichir la biodiversité des jardins du Comminges, un enjeu cher aux communes du secteur, dont Melles, primée aux Journées Territoriales 2025 pour son engagement écologique.
L'association Passes Graines complète l'offre avec son grand bol commun : on apporte ce qu'on a, on repart avec ce qui manque. Une économie du don qui fait vivre la diversité paysanne loin des catalogues semenciers industriels.
Au-delà des plants : artisans, livres, ressourcerie
La foire ne se limite pas au végétal. Sous les chapiteaux et sur la place, on trouve :
- des savons artisanaux à froid, parfumés aux plantes locales ;
- des objets en bois tournés ou sculptés, jouets pour enfants, ustensiles de cuisine ;
- de la vannerie en osier et en saule ;
- du feutrage, des créations textiles, des vêtements en seconde vie ;
- une librairie indépendante, avec un beau rayon écologie, agriculture, alimentation ;
- des cosmétiques naturels, dans la lignée de la révolution douce des produits de beauté écoresponsables ;
- l'incontournable stand de la Ressourcerie d'Aspet, qui prolonge la philosophie de La Sève : "Vivre simplement pour que d'autres puissent simplement vivre", selon la formule de Gandhi.
La Ressourcerie d'Aspet, c'est l'autre grande activité de l'association : deux jours par semaine, on y dépose des vêtements, on en récupère d'autres, gratuitement. Une réponse concrète au gâchis textile, dont les bords des côtes africaines portent aujourd'hui les stigmates. Le défilé "hors mode" de 16h, en clin d'œil ironique à l'industrie de la fast fashion, met en scène les trouvailles les plus joyeuses de la Ressourcerie.
Manger sur place : poissons, légumes, et alternatives végétales
La buvette et les stands de restauration tournent toute la journée. Crêpes, soupes, sandwichs au pain au levain, plats végétariens, jus pressés à la minute. Pour une journée debout, c'est largement suffisant. On apprécie aussi le fait que tout (ou presque) soit servi dans de la vaisselle réutilisable ou compostable, dans la lignée des bonnes pratiques évoquées dans notre dossier sur l'organisation d'événements sobres dans nos villages.
Et pour celles et ceux qui prolongent la démarche dans leur cuisine quotidienne, deux pistes complémentaires méritent le détour : le poisson de petite pêche en circuit court, et les protéines végétales de qualité.
Les coulisses : huit bénévoles, six mois de préparation
Ce qui fait tenir une foire pendant vingt ans, ce n'est pas la magie : c'est le travail. La coprésidente Jocelyne Mothe le rappelle volontiers : ils ne sont qu'une petite équipe — Jean-Marie, Nathalie, Christian, Thomas, Céline, Carmen, Guillaume et elle. La préparation démarre dès janvier, avec des réunions toutes les 2 ou 3 semaines pour se partager les tâches. C'est beaucoup de travail pour des bénévoles.
Sélection des exposants, gestion des emplacements (attribués et délimités à l'avance), logistique électricité et eau, communication, partenariats avec les artistes, restauration, sécurité, nettoyage : la liste est longue. Le tout sur la base du bénévolat, dans un département où, comme à Sauveterre pour la Fête de la Pomme, ces collectifs portent à bout de bras une vie locale qui ne demande qu'à exister.
Si vous appréciez la journée, glissez quelques pièces dans la cagnotte de soutien, ou poussez la porte de la Ressourcerie d'Aspet dans les semaines suivantes. C'est la meilleure façon de remercier La Sève.
Comment venir, où se garer, que prévoir
Arbas se rejoint facilement depuis Saint-Gaudens (30 minutes), Saint-Béat (40 minutes) ou Luchon (45 minutes par le col des Ares). Le covoiturage est encouragé : le parking du village reste limité, même si des espaces sont aménagés pour l'occasion. Pour celles et ceux qui viennent en train, la gare de Marignac–Saint-Béat offre une option, à compléter par un trajet en voiture ou en covoiturage local.
À emporter :
- un cabas solide ou un panier en osier ;
- un carnet et un crayon pour noter les noms de variétés et les contacts ;
- une gourde réutilisable ;
- des espèces (certains petits producteurs n'acceptent pas la carte) ;
- de quoi vous couvrir : la météo de mai dans le piémont est imprévisible, soleil franc le matin et averse possible l'après-midi.
Et surtout, prévoyez du temps. La Foire d'Arbas n'est pas un événement qu'on "fait" en une heure : c'est une journée à savourer, comme on savoure une nouvelle saison qui commence au jardin botanique de Melles.
Pour aller plus loin
La Foire Bio et Terroir d'Arbas 2026, c'est bien plus qu'un marché aux plants : c'est une journée-manifeste où près de vingt années d'engagement bénévole rencontrent un public toujours plus large. Le 10 mai, sur la place du village, vous trouverez des producteurs bio du Comminges, des pépiniéristes passionnés, l'association Passes Graines, la Ressourcerie d'Aspet, des artisans, une librairie, des cosmétiques, et un programme musical et culturel dense — de Florise Ordronneau le matin aux Foggy Tapes en fin d'après-midi, en passant par la conférence de Dominique Barès sur l'alimentation vivante.
Si la démarche vous parle, plusieurs prolongements existent. Côté événements locaux, gardez l'œil sur les autres rendez-vous du printemps et de l'été dans les Pyrénées Haut-Garonnaises, comme Cuisine-Moi le Comminges 4 le 13 avril 2026 ou la Fête des fleurs de Luchon en août. Côté quotidien, repensez votre garde-manger : plus de produits bruts, plus de fermentations, des plants reproductibles dans le jardin, des protéines végétales de qualité, du poisson de petite pêche, et pourquoi pas un complément ponctuel via les épiceries en ligne engagées.
Au fond, la foire d'Arbas nous rappelle ceci : manger vivant, soutenir les paysans bio, échanger des graines, redonner une vie aux vêtements, ce ne sont pas des gestes héroïques. Ce sont des choix répétés, modestes, joyeux. Près de vingt ans après les pionniers, ils continuent de tenir, là, au pied du Cagire. À nous de les rejoindre — un dimanche de mai pour commencer, et le reste de l'année si l'envie est là.
Rendez-vous le dimanche 10 mai 2026, de 9h30 à 18h, place d'Arbas. Et n'oubliez pas votre cabas.