Ramdam Social : la marque solidaire qui joue son packaging comme premier média
Ramdam Social, jeune entreprise à mission fondée en 2023 à Bordeaux par Julie Boureau et Luc-Olivier Pieret, propose chips, sablés bio, cookies, gourdes de fruits et hygiène féminine dans 4 500 magasins de grande distribution. Modèle : 1 produit acheté = 1 don concret, 7 à 10 % du CA reversé à des associations (Samu Social, Secours populaire, Banques alimentaires). Plus de 1,7 million d'euros cumulés en dons. Le packaging bigarré remplace le budget publicitaire. Mais le Jury de Déontologie Publicitaire a censuré une campagne en décembre 2025 pour dénigrement. Bonne alternative en supermarché, à condition de ne pas oublier la question de la qualité des ingrédients.

Violet pour les chips, vert pour les biscuits apéritifs, personnages souriants brandissant des pancartes, blagues disséminées sur les emballages. Dans les rayons des supermarchés français, les packagings Ramdam Social ne passent pas inaperçus. C'est exactement l'objectif. Faute de budget publicitaire, la jeune entreprise à mission fondée à Bordeaux en mars 2023 par Julie Boureau et Luc-Olivier Pieret a misé sur le design d'emballage comme premier média. Trois ans après, la marque est dans 4 500 magasins et a reversé plus de 1,7 million d'euros à des associations comme le Samu Social, le Secours populaire et les Banques alimentaires. Le modèle fonctionne, mais soulève des questions.
Création : mars 2023, Bordeaux. Fondateurs : Julie Boureau et Luc-Olivier Pieret. Statut : entreprise à mission. Modèle : 1 produit acheté = 1 don concret (7 à 10 % du CA reversé). Associations : Samu Social (chips), Secours populaire (sablés), Banques alimentaires (cookies). Distribution : 4 500 magasins (Carrefour, Franprix principalement). Dons cumulés : plus de 1,7 million d'euros. Gammes : chips, sablés bio, cookies, gourdes de fruits, hygiène féminine.
Le packaging comme stratégie de pénétration
Pour une jeune marque sans budget publicitaire, occuper de la place visuellement dans les rayons saturés des supermarchés est un défi quasi insurmontable. Ramdam Social a choisi de casser les codes. Couleurs vives qui jurent avec les rayons généralement beige et marron de l'épicerie salée, illustrations humoristiques, personnages militants sur les emballages : la marque transforme le packaging en média.
L'approche est cohérente avec le statut d'entreprise à mission. Sur les emballages, le client lit qui finance quoi : achat d'un paquet de chips à 2,60 €, contribution directe à une maraude du Samu Social. Achat d'un sachet de sablés à 2,80 €, soutien au Secours populaire. Achat d'un paquet de cookies, repas financé pour les Banques alimentaires. Le lien achat-don est explicite, factuel, mesurable.
Pour quel résultat concret
Selon les chiffres communiqués par la marque :
- 7 000 repas financés lors des trois premières semaines de commercialisation
- 250 000 repas cofinancés visés en 2024 (objectif initial)
- 1 713 582 € de dons cumulés à mi-2026 (compteur sur le site)
- Distribution passée de 100 magasins Carrefour en Île-de-France (février 2024) à environ 4 500 magasins à mi-2026
Le modèle économique repose sur des PME françaises déjà existantes utilisant des méthodes artisanales, ce qui permet de limiter les coûts de production. Les sablés sont certifiés bio. Les autres gammes (chips, cookies, gourdes) reposent sur des ingrédients français mais sans certification bio explicite.
Bordeaux, l'écosystème des entreprises à mission
Le choix d'installer Ramdam Social à Bordeaux n'est pas anodin. La capitale girondine est devenue l'un des hubs français de l'économie sociale et solidaire, avec plusieurs centaines d'entreprises à mission recensées en 2025. C'est aussi le berceau de plusieurs marques engagées dans l'alimentation responsable.
L'effet réseau profite à Ramdam Social pour les recrutements, les financements (la marque a notamment été soutenue par des structures locales d'investissement à impact), et la presse spécialisée.
Ce qu'il faut savoir avant d'acheter
À retenir : Ramdam Social est une bonne alternative en supermarché quand on est loin d'une Biocoop, d'une épicerie indépendante ou d'une livraison bio. La marque permet de transformer un achat « par défaut » en achat plus utile. En revanche, le statut « solidaire » ne vaut pas certification écologique : la qualité des ingrédients reste à apprécier produit par produit. Pour les sablés bio, c'est carré. Pour les chips et les cookies, vérifier la composition au dos de l'emballage.
La vraie question est posée : un engagement social fort et lisible doit-il occulter une exigence écologique moins systématique ? La logique anti-gaspi, anti-précarité, anti-isolement ne dispense pas d'une attention à la provenance, aux modes de culture, aux emballages eux-mêmes. Sur ce dernier point, la marque indique utiliser des encres végétales sur ses packagings, sans toutefois préciser la part de plastique recyclé.
Mieux que les chips d'industriels qui se cachent derrière des packagings « artisanaux » trompeurs, Ramdam Social joue la carte de la transparence sur l'usage des recettes. C'est déjà un progrès.
L'épisode JDP : un avertissement
Le 12 décembre 2025, le Jury de Déontologie Publicitaire a estimé fondée une plainte de PepsiCo France à l'encontre d'une campagne d'affichage de Ramdam Social diffusée dans le métro parisien et sur les réseaux sociaux. Le jury a considéré que la publicité dénigrait l'achat de chips chez un concurrent (Lay's) en le présentant comme « contribuant à l'enrichissement d'un milliardaire », sans clarté suffisante sur le montant réel du don associé à l'achat des produits Ramdam Social.
Articles du code ICC enfreints :
- Article 1 : conformité, loyauté, véracité
- Article 2 : loyauté envers les consommateurs
- Article 5 : véracité, absence de tromperie
- Article 14 : comparaisons loyales
- Article 17 : dénigrement
Cet épisode rappelle qu'une stratégie de marque agressive peut se heurter à des règles déontologiques dès qu'elle pointe explicitement un concurrent. La marque n'a pas commenté publiquement la décision, mais a depuis ajusté son discours public en se concentrant sur son propre récit plutôt que sur la comparaison frontale.
La gamme hygiène féminine : un autre front
Fin 2024, Ramdam Social a élargi son catalogue avec une gamme d'hygiène féminine (serviettes hygiéniques, protections) avec un don destiné à la lutte contre la précarité menstruelle. Le packaging assume une rupture esthétique forte par rapport aux codes du marché : illustration de silhouette féminine stylisée, vocabulaire direct et désinhibé. Une partie du public salue l'absence de tabou, une autre regrette un parti pris trop frontal pour un rayon réputé délicat.
C'est cohérent avec le positionnement éditorial global de la marque : ne pas s'effacer, ne pas s'excuser, occuper l'espace avec un discours clair et un graphisme percutant.
Bilan : utile, oui ; suffisant, à voir
Ramdam Social a réussi en trois ans ce que peu de jeunes marques parviennent à faire :
- Pénétrer 4 500 magasins sans budget publicitaire majeur
- Reverser plus de 1,7 million d'euros à des associations partenaires
- Créer une identité visuelle reconnaissable dans les rayons
- Initier des conversations sur la précarité alimentaire et menstruelle au point de vente
Reste l'angle écologique. La grande distribution étant aujourd'hui le principal canal alimentaire des Français (70 % de leurs achats), permettre d'y trouver des alternatives plus solidaires est utile. Mais la marque gagnerait à publier un bilan environnemental clair sur ses ingrédients (pesticides, traçabilité, certification bio à terme), à standardiser l'emballage (papier, plastique recyclé, recyclabilité réelle), et à communiquer ces données avec la même clarté que le modèle des dons.
D'ici là, Ramdam Social reste une bonne option de dépannage en supermarché, bien meilleure que les marques « artisanales » de façade qui cachent en réalité des groupes industriels. Pour qui veut aller plus loin, la bio, le vrac et le local restent les repères de fond.
À retrouver
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Sources :