Globocide : plainte pénale contre TotalEnergies, loi d'urgence climatique réclamée

Globocide : plainte pénale contre TotalEnergies, loi d'urgence climatique réclamée
Globocide : plainte pénale contre TotalEnergies, loi d'urgence climatique réclamée — 6 juillet 2026

Globocide : nouveau concept juridique invoqué ce lundi 6 juillet 2026 par BLOOM, Alliance Santé Planétaire et Nuestro Futuro dans une plainte pénale historique contre TotalEnergies · 4 délits : mise en danger de la vie d'autrui, homicide involontaire, abstention de combattre un sinistre, atteinte à la biodiversité · Visés : Patrick Pouyanné, le conseil d'administration, BlackRock, Norges Bank · En parallèle, 90 scientifiques (Cassou, Masson-Delmotte, Jouzel, Piketty) réclament dans une tribune au Monde une loi d'urgence climatique · Contexte : incendie Trévillach 4 600 hectares, 10 000 évacués, Tour de France sans public en France, 16 départements en vigilance orange canicule

Journée décisive dans l'offensive juridique contre les industries fossiles françaises. Ce lundi 6 juillet 2026, trois ONG et huit survivants du changement climatique déposent une plainte pénale historique contre le conseil d'administration et les actionnaires de TotalEnergies, la 6e major pétrogazière mondiale. La plainte introduit dans le vocabulaire juridique français un mot nouveau : le globocide.

En parallèle, plus de 90 scientifiques, économistes et personnalités publient dans Le Monde une tribune réclamant une loi d'urgence climatique qui « relève de notre survie collective ». Le tout dans un contexte de catastrophe en cours dans les Pyrénées-Orientales, où un incendie a déjà parcouru 4 600 hectares et forcé l'évacuation de 10 000 personnes.

Qu'est-ce que le globocide ?

Le concept juridique nouveau désigne « la perturbation irréversible du Système Terre et de la biosphère dans son ensemble ». Il veut nommer une échelle de responsabilité qui dépasse l'écocide (destruction d'écosystèmes locaux) pour désigner la mise en péril de la biosphère entière.

L'expansion continue de l'extraction des combustibles fossiles est présentée par les plaignants comme le vecteur principal de ce globocide. La reconnaissance juridique de ce crime fait partie des mesures demandées par la tribune parallèle des 90 scientifiques au Monde. Un vocabulaire pensé pour marquer les esprits et pour ouvrir la voie à une nouvelle catégorie de responsabilité pénale.

La plainte pénale : qui, quoi, contre qui

Les plaignants sont trois ONG :

  • BLOOM (France, océans et climat)
  • Alliance Santé Planétaire (santé et environnement)
  • Nuestro Futuro (Mexique)

Accompagnées de huit survivants et victimes du changement climatique venus d'Australie, du Zimbabwe, de France, de Belgique, des Philippines, de Grèce et du Pakistan.

La plainte est déposée au tribunal judiciaire de Paris. Elle vise trois cibles :

CibleRôle
Patrick PouyannéPDG de TotalEnergies
Conseil d'administrationOrientations stratégiques du groupe
BlackRock1er actionnaire de TotalEnergies (plus de 6 % des actions)
Norges Bank6e actionnaire (environ 3 %)

Elle est déposée « contre X », laissant au procureur de la République ou au juge d'instruction le soin de préciser qui poursuivre.

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Les quatre délits reprochés

DélitPeine
Mise en danger de la vie d'autruiAu moins 1 an de prison + amende
Homicide involontaireAu moins 1 an de prison + amende
Abstention de combattre un sinistreAu moins 1 an de prison + amende
Atteinte à la biodiversitéAu moins 1 an de prison + amende

Le procureur de la République dispose de trois mois pour ouvrir une enquête préliminaire ou une information judiciaire. Passé ce délai, les plaignants peuvent forcer l'ouverture de l'information judiciaire en se constituant partie civile devant un juge d'instruction.

Ce que reprochent précisément les plaignants

TotalEnergies a continué à ouvrir des sites pétroliers et gaziers autour du globe malgré la recommandation formelle de l'Agence internationale de l'énergie en 2021 : arrêter tout nouveau projet fossile pour tenir l'objectif de 1,5 °C. La major française est même devenue la 2e entreprise fossile la plus expansionniste au monde.

Point particulièrement documenté par les plaignants : le 24 juin 2026, jour le plus chaud de l'histoire française (indicateur thermique national de 30 °C selon Météo France), TotalEnergies a annoncé investir dans un nouveau projet fossile aux Émirats arabes unis (concession Bab Gas Cap, participation de 10 %). Un timing considéré comme du cynisme absolu par les signataires de la tribune Le Monde.

Autre grief majeur : lors de l'assemblée générale 2023, le conseil d'administration a explicitement appelé les actionnaires à voter contre la résolution visant à aligner les émissions de TotalEnergies sur l'Accord de Paris. 70 % des actionnaires ont suivi cette consigne et rejeté la résolution.

La tribune Le Monde : 90 signataires réclament une loi d'urgence

En parallèle de la plainte, plus de 90 personnes signent une tribune dans Le Monde ce lundi. Parmi les signataires :

NomFonction
Christophe CassouClimatologue, GIEC
Valérie Masson-DelmotteClimatologue, coprésidente GIEC
Jean JouzelPaléoclimatologue, ancien vice-président GIEC
Thomas PikettyÉconomiste
Médecins, chercheurs, philosophes, artistesDiversité disciplinaire assumée

Le texte, à l'initiative de l'association BLOOM, s'ouvre par une phrase directe : « Nous sommes collectivement traumatisés par les dix jours de canicule dont nous sortons. » Il évoque la douleur « incommensurable » traversée par les Français « dans les hôpitaux, les champs, les écoles ou les maternités ».

Les 5 mesures phares de la loi d'urgence climatique

La tribune propose une loi d'urgence climatique avec 5 mesures phares :

MesurePortée
Interdiction de nouveaux projets fossilesPour toutes les entreprises françaises, en France et à l'étranger
Suppression des subventions aux énergies fossilesToutes formes de soutien public
Interdiction du lobbying fossileEn amont des décisions publiques
Reconnaissance du crime de globocideNouveau vocabulaire juridique
Fonds vert à 20 milliards d'eurosContre moins de 1 milliard aujourd'hui

Sur le fonds vert, le contraste est saisissant : créé en 2023 pour financer les projets écologiques des collectivités territoriales, ce fonds devait initialement peser 20 milliards d'euros. Il en pèse aujourd'hui moins d'un milliard, dévitalisé par les restrictions budgétaires successives. Nous en avons documenté le détail dans notre article sur l'hypocrisie politique climat, le fonds vert et l'ADEME.

Les huit plaignants et leurs catastrophes documentées

Les huit victimes engagées dans la plainte ont chacune subi une catastrophe climatique documentée par des études d'attribution scientifiques qui ont établi que le réchauffement l'avait renforcée et rendue plus probable :

CatastropheAnnéeÉtude d'attribution
Feux de brousse australiens2019-2020Réchauffement multiplicateur de risque documenté
Inondations européennesJuillet 2021Belgique, Allemagne, Pays-Bas
Inondations pakistanaises20221 700 morts, 33 millions déplacés
Sécheresse ZimbabweAnnées 2020Insécurité alimentaire aggravée
Typhons PhilippinesRécurrentsIntensité accrue
Feux GrèceAnnées 2020Multiplication documentée

Le nombre d'événements extrêmes enregistrés dans le monde a été multiplié par 5 au cours des 50 dernières années selon les études citées. Le réchauffement climatique est responsable à 80 % des dérives observées, avec les combustibles fossiles comme facteur principal.

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Le contexte incendies en direct : 4 600 hectares dans les PO

Pendant que la plainte pénale est déposée, deux méga-incendies brûlent en France :

Pyrénées-Orientales, incendie de Trévillach :

  • Départ : samedi 4 juillet 2026, soirée
  • Superficie parcourue : 4 600 hectares (100 de plus qu'hier soir)
  • Statut : non fixé mais progression ralentie durant la nuit
  • Sapeurs-pompiers mobilisés : 700, appuyés par 200 véhicules et 9 moyens aériens
  • Évacués : environ 10 000 personnes dans 26 communes (Joch, Rigarda, Rodès, Marcevol, Tarerach…)
  • Blessés : 2 en urgence absolue (1 sapeur-pompier, 1 habitant brûlé)
  • Impact Tour de France : étape 3 aujourd'hui sans public en France sur les 44 derniers km, comme nous l'avions documenté dans notre article de dimanche soir

Gard, incendie de Lédenon :

  • Départ : dimanche 5 juillet à mi-journée, près du circuit de karting
  • Superficie : 540 hectares parcourus
  • Statut : fixé mais surveillé, reprises possibles cet après-midi
  • Sapeurs-pompiers : plus de 350 mobilisés, 222 largages aériens
  • Dégâts : 4 maisons brûlées, évacuations à Bezouce
  • Origine : probable pique-nique (piste à confirmer)

Le préfet Pierre Regnault de la Mothe qualifie le feu de Trévillach de « gigantesque », attisé par le vent, les fortes chaleurs et surtout une sécheresse de l'air exceptionnellement élevée. Un vocabulaire qui devient hebdomadaire depuis quelques années.

La deuxième canicule officielle : 16 départements en vigilance orange

Depuis minuit ce lundi 6 juillet, 16 départements du grand Ouest et du pourtour méditerranéen sont en vigilance orange canicule. Ils rejoignent ceux déjà concernés depuis dimanche. La liste des nouveaux entrants : Charente, Charente-Maritime, Dordogne, Gironde, Landes, Lot, Lot-et-Garonne, Deux-Sèvres, Vendée.

C'est la deuxième canicule officielle en 15 jours après celle du 30 juin au 2 juillet 2026 qui avait vu le chaos dans les magasins Lidl venus vendre leurs climatiseurs à 179 euros et le scalping des mêmes climatiseurs revendus 300 à 700 euros sur Leboncoin.

Ce que Arnaud Rousseau (FNSEA) rappelle : « Ce que nous vivons est inédit »

Sur TF1 ce matin, le patron de la FNSEA Arnaud Rousseau a lâché : « Ce que nous vivons est inédit. Des impacts de la canicule sont déjà visibles sur le rendement. On espère que la visite de la ministre de l'Agriculture dans le Loiret aujourd'hui nous aidera à y voir plus clair. »

L'agriculture française, un des secteurs les plus vulnérables au réchauffement, cumule les épisodes : canicules multiples, sécheresse hivernale, gels tardifs, incendies. La FNSEA est traditionnellement peu portée sur la parole écologiste ; sa formulation du jour est un signal politique que la classe agricole ne peut plus se permettre le déni climatique. Une bascule potentiellement décisive pour l'opinion publique française.

Ce que la responsabilité de BlackRock et Norges Bank change

La visée directe de BlackRock et de la banque centrale de Norvège dans la plainte pénale est un précédent inédit. Ces deux acteurs financiers, généralement considérés comme des « investisseurs passifs », se retrouvent responsabilisés pour leurs votes systématiques en faveur des stratégies climatiques incompatibles avec un réchauffement contenu à 2 °C.

Deux éléments à mesurer :

BlackRock, plus grand gestionnaire d'actifs au monde (10 000 milliards de dollars sous gestion), s'était engagé publiquement à intégrer le risque climatique. Ses votes en AG chez TotalEnergies contredisent ces engagements de communication. La plainte pénale peut ouvrir une brèche dans la doctrine juridique de la « stewardship » (gestion active des votes).

Norges Bank, gestionnaire du fonds souverain norvégien (1 700 milliards de dollars), est un cas symbolique : la Norvège est un pays producteur d'hydrocarbures qui finance simultanément l'expansion pétrolière et le débat climatique. Une contradiction que la plainte va exposer.

L'assemblée générale de TotalEnergies dans trois jours

Le calendrier de la plainte n'est pas anodin : l'assemblée générale de TotalEnergies se tient dans trois jours (fin de semaine du 6 juillet 2026). Le conseil d'administration devra présenter sa stratégie devant des actionnaires potentiellement remontés par la médiatisation de la plainte.

Le vote d'une nouvelle résolution climat portée par des actionnaires activistes est probable. Le précédent 2023 (résolution Follow This rejetée à 70 %) sera dans toutes les têtes. La combinaison plainte pénale + tribune scientifique + incendies en cours modifie potentiellement les rapports de force au sein de l'AG.

Le compte à rebours judiciaire

Prochaines étapes du dossier globocide :

HorizonÉtape
Cette semaineRéactions publiques ASO, Bercy, groupes fossiles
10-12 juilletAssemblée générale TotalEnergies
Août-septembreRéponse du procureur : ouverture d'enquête ou classement
Octobre 2026Si pas d'enquête, dépôt partie civile pour information judiciaire
2027-2028Éventuelle instruction judiciaire, mise en examen possible
2028-2030Éventuel procès de la major fossile et de ses actionnaires

C'est une trajectoire longue mais qui, si elle aboutit, marquera un tournant historique de la responsabilité pénale climatique en France.

Ce que cela dit du moment politique français

Trois dynamiques convergent aujourd'hui :

  1. Documentation scientifique consolidée : le réchauffement, ses causes, ses attributions catastrophiques ne sont plus contestés. Le doute mobilisateur du déni climatique est en fin de course.
  2. Voie judiciaire assumée : après les recours administratifs (Affaire du Siècle 2021), les militants passent au pénal, plus lourd de conséquences pour les dirigeants et actionnaires.
  3. Mobilisation transversale : ONG + scientifiques + économistes + médecins + syndicats agricoles convergent sur un même constat d'urgence.

Reste la variable politique : la classe dirigeante française est-elle prête à voter une loi d'urgence climatique ? À ce stade, aucun parti majoritaire ne la porte. Le fonds vert, initialement doté de 20 milliards, en pèse moins d'un aujourd'hui. Un signal fort de l'écart entre les intentions déclarées et les moyens engagés.

Le dépôt de plainte pénale contre TotalEnergies pour globocide n'est donc pas seulement une action juridique : c'est un acte de pression collective sur une classe politique qui, jusqu'ici, a préféré composer avec les majors fossiles plutôt que les contenir. La suite dépendra de l'articulation entre les tribunaux, les législateurs et l'opinion publique.

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Questions fréquentes

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