L'hypocrisie politique sur le climat : après la canicule de mai 2026, le gouvernement coupe 163 millions au Fonds vert et veut démanteler l'Ademe
Après une canicule historique en mai 2026 avec 352 stations Météo-France battant leurs records et 37,1 °C près d'Hossegor, le gouvernement annule 163 millions d'euros de crédits du Fonds vert (programme d'adaptation des collectivités au réchauffement climatique), soit près de -20 % de son budget initial. Au même moment, le projet de loi visant à renforcer l'État local prévoit le démantèlement de l'Ademe (article 7) : fusion des 17 agences régionales avec les Dreal sous tutelle préfectorale, sortie de la transition écologique. 250 associations, 21 000 signatures, tribune Le Monde d'ex-lieutenants Macron contre la réforme. Marine Tondelier dénonce du climatonégationnisme. Pendant ce temps, les supermarchés et la grande distribution captent les marges, Total engrange des superprofits, le discount chinois (Gifi, Centrakor, Action, Tedi) prolifère en périphérie, les boulangeries industrielles autour de Saint-Gaudens remplacent les artisans. Lecture critique d'une politique publique en pleine incohérence.

L'hypocrisie politique sur le climat est désormais massive et documentée. À peine une semaine après la canicule historique de fin mai 2026 (37,1 °C à Hossegor le 25 mai, 352 stations Météo-France battant leurs records mensuels), le gouvernement annonce simultanément : une coupe de 163 millions d'euros sur le Fonds vert (programme d'adaptation des collectivités au réchauffement climatique), -20 % de son budget initial ; et un projet de loi prévoyant le démantèlement de l'Ademe (Agence de la transition écologique) fusionnée avec les Dreal sous tutelle préfectorale. 250 associations, 21 000 signatures, tribune Le Monde d'ex-lieutenants Macron contre la réforme. Marine Tondelier dénonce du « climatonégationnisme ». Pendant ce temps, les supermarchés captent les marges sur le dos des paysans et des consommateurs, Total engrange des superprofits, le discount chinois (Gifi, Centrakor, Action, Tedi) prolifère en périphérie, les boulangeries industrielles remplacent les artisans autour de Saint-Gaudens et ailleurs. Lecture critique d'une politique publique en pleine incohérence.
Fonds vert : -162,5 millions d'euros (près de -20 % du budget initial 2026). Bercy : 4 milliards d'euros d'économies annoncées (contexte guerre Iran). Écologie touchée : 275 millions d'euros annulés ou gelés. Trajectoire Fonds vert : 2 Md€ (2023) → 1,6 Md€ (2024) → 1,15 Md€ (2025) → 837 M€ (2026) → 675 M€ après coupe (-66 % en 3 ans). Besoins collectivités : estimés à 40 Md€ dès 2020. ADEME : démantèlement prévu par l'article 7 du projet de loi « renforcer l'État local », fusion 17 agences régionales avec les Dreal (tutelle Intérieur). Mobilisation : 250 associations demandent l'abandon, 21 000 signatures, tribune Le Monde d'ex-Macron. Canicule mai 2026 : 352 records Météo-France, 37,1 °C Hossegor, 1 décès confirmé. Citation Tondelier : « climatonégationnisme ».
La canicule de mai 2026 : précocité inédite, records massifs
La canicule de mai 2026 a été d'une précocité inédite dans les annales météorologiques françaises. Selon Météo-France :
- 352 stations ont battu leurs records mensuels de mai
- Température maximale : 37,1 °C près d'Hossegor (Landes), le lundi 25 mai 2026
- Pour la fin mai, la probabilité scientifique d'un tel épisode n'était que d'1 chance sur 1 000 selon les données depuis 1979
Le bilan humain : au moins un décès confirmé directement attribué à la chaleur, celui d'un coureur de 53 ans mort à Paris. Plusieurs décès indirects dans des hôpitaux et EHPAD font l'objet d'enquêtes statistiques.
Friederike Otto, professeure de sciences du climat à l'Imperial College de Londres, est sans ambiguïté :
« Le changement climatique rend ces vagues de chaleur plus intenses, plus longues et beaucoup plus fréquentes. Le climat dans lequel nous vivons aujourd'hui n'est tout simplement plus celui dans lequel nous avons grandi, et nos bâtiments comme nos infrastructures sont cruellement mal préparés à ce qui nous attend. »
Voir notre article sur le dôme de chaleur sur la France de mai 2026 qui détaille le contexte régional du Comminges.
Le Fonds vert : un dispositif qui baisse chaque année
Le Fonds vert a été créé en 2023 par le ministère de la Transition écologique et de la Cohésion des territoires pour soutenir les collectivités dans leurs investissements en faveur de la transition et de l'adaptation au changement climatique. Son rôle est concret :
- Lutte contre les incendies
- Rénovation énergétique des écoles (1/3 des opérations financées via les dotations d'investissement de l'État)
- Renaturation des friches côtières
- Prévention des inondations
- Restauration des écosystèmes
- Amélioration de la qualité de l'air
Bilan depuis 2023 : 25 000 projets financés, portés par plus de 13 000 acteurs locaux, dont plus de 11 000 communes en métropole et outre-mer. Engagement total : 4,5 milliards d'euros de subventions.
Mais la trajectoire budgétaire est descendante depuis le lancement :
| Année | Budget Fonds vert |
|---|---|
| 2023 (lancement) | 2 milliards d'euros |
| 2024 | 1,6 milliard d'euros |
| 2025 | 1,15 milliard d'euros |
| 2026 (avant coupe) | 837 millions d'euros |
| 2026 (après coupe) | ~675 millions d'euros |
Soit une baisse de plus de 66 % en 3 ans, dans un contexte où les besoins des collectivités ne cessent d'augmenter. Pour rappel : les besoins de financement des collectivités pour la transition étaient estimés à 40 milliards d'euros dès 2020. Le Fonds vert n'en couvre donc qu'une fraction marginale.
Les réactions politiques : « climatonégationnisme »
Marine Tondelier, numéro 1 des Écologistes, n'a pas mâché ses mots sur X (ex-Twitter) :
« Après avoir fait la preuve de sa totale impréparation pendant les huit jours d'une canicule historique, voici les mesures d'adaptation au réchauffement climatique du gouvernement. À ce niveau d'incompétence et d'obstination dans la mauvaise direction, c'est du climatonégationnisme. »
Le terme est fort mais assumé. Il désigne ce que beaucoup d'observateurs constatent : un discours officiel de l'urgence climatique contredit par des décisions budgétaires qui réduisent les moyens d'agir.
Jean-François Vigier, vice-président de l'Association des maires de France (AMF) :
« C'est une aide qui est bienvenue pour nous aider à financer nos projets, mais qui n'est pas à l'échelle. »
Les collectivités, en première ligne face aux canicules et aux intempéries, réclament des moyens plus ambitieux. Sans eux, l'adaptation risque de rester un vœu pieux.
Édouard Geffray, ministre de l'Éducation, lui-même reconnaissait au « 20 Heures » de France 2 alors que les écoles atteignaient les 40 °C fin mai :
« Ce ne sont pas des conditions optimales d'apprentissage. »
Reconnaissance du problème par le ministre concerné, mais aucune mesure budgétaire proportionnée dans la réponse gouvernementale.
Le démantèlement de l'Ademe : article 7 du projet de loi
Au moment même où le Fonds vert baisse, le projet de loi « visant à renforcer l'État local » déposé au Sénat en mai 2026 prévoit dans son article 7 une réforme de l'Ademe (Agence de la transition écologique) qui inquiète profondément.
Mécanique de la réforme :
- Fusion des 17 agences régionales de l'Ademe (sous tutelle ministère Transition écologique) avec les Dreal (Directions régionales de l'environnement, de l'aménagement et du logement)
- Les Dreal dépendent du préfet, et donc du ministère de l'Intérieur, réputé moins sensible aux enjeux environnementaux
- L'Ademe, avec un rôle d'accompagnement et de financement, se retrouverait sous l'autorité d'une structure de contrôle
Justification gouvernementale par Matthieu Lefèvre, ministre délégué à la Transition écologique : « chevauchements entre missions Ademe et Dreal qui peuvent complexifier les procédures et allonger certains délais ».
Critique par Jérôme Dancoisne, administrateur représentant des salariés de l'Ademe :
« Sans compter que l'Ademe, qui a un rôle d'accompagnement et de financement des projets, se retrouvera au sein des Dreal, qui ont pour mission de contrôler ces mêmes projets. Tout ça peut paraître technique mais, si on ajoute cela au cumul de toutes les actions déjà menées, dont une baisse du budget de 30 % en deux ans, on devine une tentative de nous invisibiliser. »
Mobilisation contre le démantèlement Ademe
La mobilisation est massive :
- Plus de 250 associations ont demandé l'abandon de la réforme
- Une pétition lancée par Agir pour l'environnement a recueilli plus de 21 000 signatures
- Une tribune dans Le Monde, signée par des ex-lieutenants d'Emmanuel Macron, demande aux parlementaires de « s'opposer au démantèlement » et plaide au contraire pour un « renforcement des moyens de l'État et des territoires »
- Le conseil d'administration de l'Ademe a adopté (à 15 voix contre 10) une délibération défavorable au projet
- Les salariés de l'Ademe se sont mobilisés à Angers le 4 juin 2026 (siège social)
Citation Jean Revereault, administrateur de l'Ademe :
« En cette période d'intense hostilité à la transition énergétique, le gouvernement a donc décidé d'ouvrir un nouveau feu. C'est gravissime et inconséquent. »
Anne Bringault, représentante des associations au conseil d'administration :
« Il y a un vrai risque que les missions de l'Ademe soient amoindries. Ça va entraîner des départs de salariés, une perte d'expertise et accélérer encore les attaques qu'elle subit déjà. »
Olivier Theobald, délégué syndical CFDT Ademe Angers :
« Ça se rajoute aux attaques politiques qu'on subit. C'est la couche de trop, c'est dommage que cette idée vienne de notre camp, de l'État. »
La campagne de lynchage médiatique de l'Ademe
Depuis plusieurs mois, l'Ademe subit une campagne de dénigrement menée par la droite et l'extrême droite. Gérard Larcher, président (LR) du Sénat, l'accuse de « plus de 4 milliards d'euros de budget pour près de 1 100 équivalents temps plein, la question de l'efficacité de la dépense publique se pose ».
L'amalgame est double :
- Les 3,4 milliards d'euros que l'Ademe gère pour le compte de l'État (programmes France 2030, fonds de décarbonation de l'industrie, etc.) sont présentés comme son budget de fonctionnement
- Or, son budget de fonctionnement réel est de 135 millions d'euros (2024) pour 1 100 ETP
- Plusieurs institutions dont la Cour des comptes (2017) et l'Inspection générale des finances (2024) ont au contraire souligné la gestion « globalement satisfaisante » des deniers publics par l'Ademe
Le Rassemblement national dépose régulièrement des amendements visant à supprimer l'Ademe. L'arrivée du projet de loi au Parlement sera une occasion pour la droite et l'extrême droite d'aller encore plus loin que le gouvernement.
Benoît Léguet, directeur général du laboratoire d'idées I4CE et administrateur de l'Ademe :
« Le gouvernement a déjà été mis en difficulté sur les ZFE et le ZAN. Cette fois encore, le gouvernement donne le bâton pour se faire battre. »
ZFE (Zones à faibles émissions) et ZAN (Zéro artificialisation nette) : deux dispositifs détricotés au Parlement sur insistance de la droite et de l'extrême droite. L'Ademe suit potentiellement le même chemin.
Pendant ce temps : les supermarchés engrangent, Total profite, le discount chinois prolifère
Pendant que le Fonds vert est raboté, que l'Ademe est menacée, que les écoles cuisent à 40 °C et qu'on promet des mesures d'adaptation sans les financer, plusieurs machineries économiques continuent à tourner sans régulation politique sérieuse :
1. Les supermarchés captent les marges. La grande distribution alimentaire maximise ses marges sur les paysans (prix d'achat pressés) et sur les consommateurs (prix de vente augmentés au-delà de l'inflation officielle). Voir notre analyse des marges des supermarchés sur le bio par Que Choisir.
2. Total engrange des superprofits. Le groupe TotalEnergies continue d'afficher des superprofits record sur les derniers exercices, sans taxation spécifique ni réinvestissement proportionné dans la transition. Le dividende versé aux actionnaires dépasse les investissements verts chaque année. TotalEnergies continue par ailleurs d'investir dans de nouveaux gisements fossiles (Ouganda, Mozambique, Suriname...).
3. Le discount chinois prolifère en périphérie. Gifi, Centrakor, Action, Tedi, Stokomani, Babou : la déferlante des enseignes discount inonde les entrées de villes françaises avec des produits inutiles fabriqués en Chine, vendus à prix cassés. Pas de régulation sur la provenance, l'impact carbone des importations maritimes, la qualité des produits, l'impact sur le commerce de centre-ville détruit.
4. Les boulangeries industrielles remplacent les artisans. Le pain, symbole culturel et alimentaire français, n'existe plus que dans les rayons des supermarchés (pain industriel emballé) ou dans les boulangeries industrielles (Marie Blachère, Ange, La Mie Câline) qui fleurissent en périphérie de chaque petite ville. Voir notre article sur la cannibalisation des entrées de villes par Grand Frais et Marie Blachère, avec l'exemple de Saint-Gaudens et de sa zone commerciale.
Le schéma est partout le même : l'État réduit ses investissements climatiques au nom des « économies », mais laisse opérer sans contrainte les acteurs économiques qui maximisent la destruction écologique et sociale. C'est le résultat opérationnel du climatonégationnisme dénoncé par Tondelier.
La convergence des dossiers : un système qui se déstructure
L'article cadmium-eau d'avant-hier (lire notre analyse Reporterre sur l'irresponsabilité politique sur le cadmium et les PFAS), l'article El Niño (voir notre synthèse de l'alerte OMM sur le super El Niño 2026), l'article Coupe du monde 2026 la plus polluante de l'histoire (lire notre analyse de la machine à fric autour du ballon rond), et désormais cet article sur le Fonds vert et l'Ademe dessinent tous le même paysage :
- Une science climatique claire et alarmante (OMM, GIEC, WWA, Imperial College)
- Une opinion publique majoritairement consciente (sondages réguliers)
- Des dispositifs publics d'adaptation insuffisants dès l'origine
- Des coupes budgétaires récurrentes qui érodent ces dispositifs
- Des lobbies économiques (fossiles, grande distribution, agro-industrie) qui maintiennent leur rente
- Une classe politique fracturée entre affichage climatique et inertie budgétaire
- Une droite et extrême droite actives dans la destruction des outils publics environnementaux
- Une gauche qui alerte mais n'a pas la majorité parlementaire
Le résultat : moins d'outils, moins d'argent, moins d'agences pour adapter la France à un climat qui continue à se détériorer. L'incohérence est structurelle, pas conjoncturelle.
Ce que la science demande, ce que la politique fait
Ce que demande la science climatique :
- Réduction drastique des émissions (Accords de Paris : -55 % d'ici 2030 vs 1990)
- Adaptation des infrastructures et des bâtiments aux canicules, inondations, incendies
- Sortie des énergies fossiles sur les décennies à venir
- Reforestation et renaturation massives
- Réinvestissement des services publics environnementaux (Ademe, Météo-France, ONF, OFB...)
- Régulation des acteurs économiques majeurs (énergie, agriculture, transport)
- Soutien financier aux collectivités en première ligne
Ce que fait la politique gouvernementale 2026 :
- Coupes progressives sur les dispositifs climat (Fonds vert -66 % en 3 ans)
- Démantèlement projeté de l'Ademe
- Détricotage des dispositifs existants (ZFE, ZAN, MaPrimeRénov' réduite, leasing électrique)
- Maintien des niches fiscales favorables aux énergies fossiles
- Inertie face aux superprofits TotalEnergies
- Sous-régulation de la grande distribution et des plateformes industrielles
- Détricotage progressif de la directive nitrates, NRD, autres protections environnementales
L'écart entre les deux colonnes mesure l'hypocrisie politique sur le climat aujourd'hui en France.
Le calendrier à venir
- Mi-juin 2026 : examen au Parlement du projet de loi « renforcer l'État local » (article 7 Ademe)
- Été 2026 : application probable de la coupe 162,5 M€ Fonds vert
- Automne 2026 : budget 2027 présenté, arbitrage sur la reconduction ou la disparition définitive du Fonds vert
- Été 2026 (probable) : nouvelle vague de chaleur dans le contexte du super El Niño annoncé par l'OMM
- Hiver 2026-2027 : bilan climatique annuel, 2027 candidate au record de chaleur mondiale
melles750 suivra chaque étape au plus près.
Ce que vous pouvez faire concrètement
- Signer la pétition Agir pour l'environnement contre le démantèlement Ademe (lien sur agir-pour-environnement.org)
- Interpeller votre député et votre sénateur sur le vote Ademe
- Réduire sa propre empreinte carbone : transports, énergie, alimentation, finance
- Soutenir les acteurs alternatifs (circuits courts, bio artisanal, banques éthiques)
- Continuer à s'informer auprès de médias indépendants sur la réalité climatique
À retrouver sur melles750
Sur la politique climatique et la convergence des dossiers :
- Cadmium dans les engrais, PFAS dans l'eau du robinet : irresponsabilité politique
- El Niño « Godzilla » : un super épisode probable à 80 % entre juin et août 2026
- Coupe du monde de football 2026 : la plus polluante de l'histoire, 9 Mt CO2
- Dôme de chaleur sur Toulouse : direction le Lac d'Oô pour respirer
- Sommets de la bêtise : Everest, randonnée des Pyrénées et réseaux sociaux
Sur la grande distribution et les marges :
- Grand Frais sous pavillon américain cannibalise nos entrées de villes
- Marges des supermarchés sur le bio : Que Choisir révèle la double peine
- Charcuterie sans nitrite : les recettes tendances + L214 Leclerc Blagnac
- Ricoré Chicorée Nature : Nestlé lance enfin une chicorée 100 % française
Sur la vie locale et la mobilisation citoyenne :