Coupe du monde de football 2026 : la plus polluante de l'histoire, 9 millions de tonnes de CO2 prévues, le double du Qatar 2022 et 5 fois les JO de Paris
La Coupe du monde de football 2026 démarre le 11 juin pour 39 jours dans trois pays (USA, Canada, Mexique). Avec 48 équipes, 104 matchs et 16 villes hôtes étalées sur 4 000 km, elle devrait émettre 9 millions de tonnes de CO2 selon les études du New Weather Institute, Scientists for Global Responsibility et de l'Université de Lausanne. Soit le double du Qatar 2022 (4 Mt) et plus de 5 fois les JO de Paris 2024 (1,75 Mt). Un supporter français à la finale pourrait émettre 6 tonnes de CO2, soit 3 ans du budget Accords de Paris. La FIFA dénoncée pour greenwashing : sponsoring Aramco (4 % des émissions mondiales), pétroliers, compagnies aériennes, banques fossiles. 26 matchs sur 104 dans des conditions WBGT >= 26 °C. Aucune place pour la sobriété, la machine à fric écrase tout.

Le coup d'envoi de la Coupe du monde de football 2026 est donné dans une semaine, le jeudi 11 juin 2026, pour une compétition qui s'étirera jusqu'au dimanche 19 juillet 2026. Pour la première fois, le Mondial se déroule dans trois pays hôtes : États-Unis (11 villes), Canada (Toronto, Vancouver) et Mexique (Mexico, Guadalajara, Monterrey). Format inédit également : 48 équipes au lieu de 32 et 104 matchs au lieu de 64. La France de Didier Deschamps est qualifiée. Diffusion en France : TF1 et beIN Sports. Lecture critique : un Mondial pharaonique, des trajets gargantuesques, une empreinte carbone qui pose question alors que l'OMM alerte sur un El Niño Godzilla cet été.
Dates : 11 juin au 19 juillet 2026 (39 jours). Match d'ouverture : jeudi 11 juin à Mexico. Finale : dimanche 19 juillet au MetLife Stadium (New Jersey). Pays hôtes : États-Unis (11 villes), Canada (2), Mexique (3), première organisation tripartite. Format : 48 équipes (au lieu de 32), 12 groupes de 4. Nombre de matchs : 104 (au lieu de 64). Premier tour à élimination : seizièmes de finale (inédit). Diffusion France : TF1 + beIN Sports, streaming MyTF1 + beIN Sports Connect. France qualifiée : équipe de Didier Deschamps, dernier Mondial à sa tête. Objectifs France : 3e titre après 1998 et 2018.
Le format à 48 équipes : ce qui change
C'est la rupture majeure de cette édition. Pour la première fois depuis 1998, le format de la Coupe du monde change : on passe de 32 à 48 équipes. La FIFA a justifié cette extension par :
- Plus de pays représentés : davantage de fédérations nationales ont une chance de qualification
- Plus de revenus commerciaux : droits TV, sponsors, billetterie démultipliés
- Plus de matchs : 104 au total, soit 40 de plus que la précédente édition
Le nouveau schéma :
- 12 groupes de 4 équipes chacun (phase de poule)
- 2 premiers de chaque groupe + 8 meilleurs 3e = 32 qualifiés pour les seizièmes de finale
- Seizièmes : tableau à élimination directe à 32 équipes
- Huitièmes, Quarts, Demi-finales, Finale
C'est la première fois qu'un Mondial inclut un tour des seizièmes de finale. Le calendrier est de fait étiré : 39 jours de compétition, vs 32 jours pour les éditions à 32.
Les 16 villes hôtes réparties sur 3 pays
États-Unis (11 villes) :
- Atlanta, Boston, Dallas, Houston, Kansas City, Los Angeles, Miami, New York/New Jersey, Philadelphia, San Francisco/Bay Area, Seattle
Canada (2 villes) :
- Toronto, Vancouver
Mexique (3 villes) :
- Mexico (Estadio Azteca, match d'ouverture)
- Guadalajara
- Monterrey
Total : 16 villes sur 3 fuseaux horaires différents, sur une bande continentale s'étendant de la côte Pacifique (Vancouver, San Francisco, Los Angeles, Guadalajara) à la côte Atlantique (Boston, New York, Philadelphia, Atlanta, Miami).
Les équipes et les supporters devront gérer des trajets qui peuvent atteindre 5-6 heures de vol entre deux matchs de phase de poules.
La France de Deschamps : dernier Mondial à sa tête
L'équipe de France est qualifiée. Didier Deschamps, en poste depuis 2012, dirigera son dernier Mondial à la tête des Bleus avant la transmission annoncée à un successeur. Le sélectionneur a un bilan historique :
- Champion du monde 2018
- Finaliste 2022 (battu par l'Argentine de Messi aux tirs au but)
- Champion d'Europe 2000 (en tant que joueur, capitaine)
Objectif : 3e titre mondial après 1998 et 2018. La France est dans le groupe des favoris pour le titre, dans une compétition où l'Argentine (championne sortante), le Brésil, l'Espagne et l'Angleterre font figure de principales menaces.
La liste définitive des 23 ou 26 joueurs sera communiquée par Deschamps dans les jours qui viennent. Le groupe intégrera certainement Kylian Mbappé (capitaine), avec autour de lui une génération de 30 ans (Griezmann, Tchouaméni, Camavinga, Saliba) et de jeunes émergents.
Le programme jour par jour des phases de poule
Phase de poules : du 11 juin au 27 juin 2026 (16 jours)
- 12 groupes de 4
- 3 matchs par équipe
- 72 matchs au total
Seizièmes de finale : du 30 juin au 3 juillet 2026
- 16 matchs à élimination directe
- Première fois dans l'histoire du Mondial
Huitièmes de finale : du 4 au 7 juillet 2026
- 8 matchs
Quarts de finale : du 10 au 11 juillet 2026
- 4 matchs
Demi-finales : 14 et 15 juillet 2026
- 2 matchs
Match pour la 3e place : samedi 18 juillet 2026
Finale : dimanche 19 juillet 2026 au MetLife Stadium (New Jersey)
L'empreinte carbone record : 9 millions de tonnes de CO2 prévues
La Coupe du monde 2026 devrait émettre environ 9 millions de tonnes de CO2, selon une étude de l'organisation britannique indépendante Scientists for Global Responsibility, confirmée par les travaux du New Weather Institute et d'une étude en cours à l'Université de Lausanne.
Comparaisons qui donnent la mesure du désastre :
- Qatar 2022 : environ 4 millions de tonnes de CO2 → le Mondial 2026 double
- JO Paris 2024 : environ 1,75 million de tonnes de CO2 → le Mondial 2026 émet 5 fois plus
- Secteur industriel suisse sur une année entière : équivalent aux émissions cumulées du Mondial 2026
L'édition 2026 pourrait même battre le record d'empreinte carbone toutes compétitions confondues, y compris devant les Jeux Olympiques, selon les chercheurs.
Décomposition : sur les 9 millions de tonnes, 7,7 millions proviennent des transports (avion principalement). C'est donc le format géographique lui-même (3 pays, 16 villes, 4 000 km entre les extrêmes) qui rend le Mondial 2026 incompressible sur le plan carbone.
Citation David Gogishvili, chercheur à l'Université de Lausanne : « Seize équipes supplémentaires participent. Mais ça ne veut pas juste dire que davantage d'équipes disputent davantage de matchs : l'organisation, les supporters, les déplacements, tout ce qui entoure l'événement prend soudain une ampleur considérable. »
Citation Freddie Daley, chercheur à l'Université de Sussex, membre du réseau Cool Down, the sport for climate action : « Nous nous souvenons des nombreuses critiques pour la Coupe du monde au Qatar, en 2022, avec ses stades climatisés en plein désert. Cette nouvelle édition sera en réalité bien plus désastreuse pour la planète. »
Un supporter français à la finale : 6 tonnes de CO2
Pour le public, le prix climatique est concret. Un supporter français qui voudrait suivre les Bleus du début à la fin de la compétition doit se préparer à un « roadtrip américain » :
- Phase de poules : New York (vs Sénégal) → Philadelphie (vs Irak) → Boston (vs Norvège)
- Si qualification : potentiel détour au Texas pour la demi-finale
- Finale : New York
Total émissions estimées : jusqu'à 6 tonnes de CO2 par supporter pour suivre l'équipe de France jusqu'à la finale. Soit 3 fois ce qui est préconisé par les Accords de Paris pour une année entière par habitant (~2 tonnes/an).
Pour un supporter britannique suivant les Three Lions, le roadtrip s'annonce encore plus extrême : Dallas → Boston → New York → Atlanta → Mexico City → Miami → Atlanta → New York. Total potentiel : 23 600 km parcourus.
Le train aux États-Unis ? Pas une option : lignes peu efficaces et prix flambés à l'approche de la compétition. La voiture ? Trop long sur ces distances. Reste l'avion, le plus polluant.
Freddie Daley insiste : « En aucun cas il ne faut blâmer les supporters qui vont accepter de se déplacer. La seule responsabilité revient à la FIFA qui, en choisissant ce format, oblige le public à opter pour le transport le plus polluant qui soit. »
Le sponsoring : Aramco, pétroliers, compagnies aériennes, banques fossiles
L'impact direct des transports est aggravé par l'impact indirect du sponsoring. Laurent Castaignède, ingénieur et auteur de « Le revers de la médaille, l'empreinte environnementale du sport » (Éd. écosociété) :
« L'un des sponsors est un major du pétrole mondial. Mais il y a aussi des compagnies aériennes, des constructeurs automobiles et certaines banques dont on sait qu'elles financent largement l'extraction de l'énergie fossile. Toute cette publicité que la compétition véhicule a une empreinte carbone très forte parce qu'elle pousse à consommer des produits énergivores. »
Le partenariat le plus polémique : Aramco, le géant saoudien de l'énergie, signé avec la FIFA en 2024. Aramco est responsable à elle seule de plus de 4 % des émissions de CO2 de la planète. Que la FIFA accepte un tel sponsor sur sa compétition phare au moment même où elle promet la neutralité carbone 2040 illustre l'incohérence de fond.
Le greenwashing FIFA dénoncé : « Elle ne fait même plus semblant »
La FIFA affiche des engagements écologiques depuis plusieurs années : depuis la COP26 à Glasgow, son président Gianni Infantino s'était engagé à « mesurer, réduire et compenser » les émissions liées aux Coupes du monde, avec un objectif de -50 % d'ici 2030 et de neutralité carbone d'ici 2040.
Sur le terrain, les résultats sont maigres :
- Houston : électricité 100 % renouvelable sur les sites officiels
- Atlanta (Mercedes-Benz Stadium) : 4 000 panneaux solaires sur le toit
- Stades déjà existants privilégiés (pas de construction massive)
Mais : ces efforts sont une goutte d'eau au regard du schéma global (3 pays, 48 équipes, transports aériens incompressibles, sponsoring fossile).
Freddie Daley : « Nous sommes dans un exemple typique de greenwashing. Et ces derniers temps, il semble même que la FIFA ne fait même plus vraiment semblant. »
Précédent inquiétant : la FIFA avait vanté la neutralité carbone du Mondial 2022 au Qatar, ce qui lui avait valu une décision défavorable de la Commission suisse pour la loyauté pour fausses promesses et greenwashing.
Citation David Gogishvili (Université de Lausanne) : « La FIFA peut atténuer les contraintes et la pression liées au climat dans les lieux où se déroulent les compétitions, par exemple en installant la climatisation dans les stades. Or, cela résout le problème sur place, mais ça ignore complètement l'impact de ces mesures sur la planète. Ce que fait la FIFA est tout à fait contradictoire, malheureusement. »
Les risques climatiques sur le Mondial lui-même : 26 matchs en chaleur extrême
Le dérèglement climatique que la FIFA contribue à aggraver risque de se rappeler à elle dès cet été. Une étude du World Weather Attribution (WWA, réseau scientifique international) de mi-mai 2026 alerte :
- Environ 26 matchs sur 104 pourraient se tenir dans des conditions de chaleur et d'humidité extrême (WBGT >= 26 °C)
- Environ 5 matchs pourraient se dérouler à WBGT >= 28 °C, seuil au-delà duquel la FIFPRO considère qu'il est dangereux de laisser les joueurs courir
- La finale, à New York, est dans les matchs à risque
WBGT (wet-bulb globe temperature) : indicateur combinant température, humidité et rayonnement solaire qui mesure la capacité du corps à se refroidir. 28 °C WBGT équivaut à 38 °C par forte chaleur sèche ou 30 °C par forte humidité. Au-delà : risque sanitaire mortel pour les joueurs comme pour le public.
Géographie des risques : inondations à Miami, incendies à Los Angeles, chaleurs extrêmes dans les stades sans toit. L'OMM alerte par ailleurs cette semaine sur un super El Niño 2026 (voir notre article El Niño Godzilla), qui augmentera la probabilité de vagues de chaleur sur ces zones.
Freddie Daley : « Il existe donc un vrai risque. Avec cette chaleur, on pourrait s'attendre à voir des matches reportés, des joueurs refuser d'entrer sur le terrain ou ne pouvant pas donner le meilleur d'eux-mêmes, voire dans le pire des cas, des joueurs ou du public souffrant de coups de chaud. Rien que cela devrait alerter la FIFA et lui faire réaliser que même le monde du football n'est pas au-dessus du dérèglement climatique. Mais qu'il s'agisse d'être victime ou responsable du problème, elle ne le prend juste pas en considération. »
Les futurs Mondiaux : pire à venir
Pas de changement de cap à attendre. Les prochaines compétitions déjà attribuées aggravent la trajectoire :
- 2030 : Espagne + Portugal + Maroc + 3 matchs d'ouverture en Argentine, Uruguay et Paraguay (en hommage au centenaire du premier Mondial 1930). Vols transatlantiques dès le match d'ouverture.
- 2034 : Arabie saoudite sur un seul site mais 11 stades, dont la plupart restent à construire dans le désert. Climatisation massive prévue.
Université de Lausanne : un Mondial respectueux du climat serait possible, à condition de tout changer :
- Réduire la taille des tournois
- Les limiter à une seule région
- Miser sur les transports durables
- Utiliser des infrastructures sportives déjà existantes
Pour le moment, la FIFA fait l'inverse sur l'ensemble de ces axes. Pour au moins une décennie, le calendrier annoncé verrouille le modèle pharaonique.
Notre lecture : aucune place pour la sobriété, la machine à fric écrase tout
Aucune place pour la sobriété, ni dans l'organisation, ni du côté des spectateurs. La machine à fric autour du ballon rond, sport populaire au sens initial du terme, écrase tout.
Les chiffres sont brutaux :
- 9 millions de tonnes de CO2 pour 39 jours d'événement
- 6 tonnes de CO2 par supporter français pour suivre l'équipe nationale
- Sponsoring Aramco = 4 % des émissions CO2 mondiales financées par le foot
- 104 matchs, 16 villes, 4 000 km de distances, 48 équipes au lieu de 32
Le sport populaire que reste le football est désormais un vecteur de publicité fossile, un prétexte à monétisation maximale, un organisateur de flux carbonés d'une densité sans précédent dans l'histoire des événements internationaux.
Sur le calendrier sportif : les clubs européens souffrent d'une saturation sans précédent, les joueurs professionnels enchaînent 70-80 matchs par saison (contre 50-60 il y a 15 ans), les blessures graves explosent. Tout est lié : le plus grand Mondial de l'histoire épuise les organismes des joueurs comme il épuise la planète.
Sur le prix des billets : aux États-Unis, les packages voyage+billet pour la finale dépassent 5 000 € par personne, ce qui exclut les publics populaires au profit d'une clientèle aisée qui peut se permettre l'addition carbone-financière.
Sur le financement public : les stades des trois pays hôtes ont nécessité des investissements publics importants. Le schéma classique des « éléphants blancs » post-Mondial est connu : équipements utilisés à 30-40 % de leur capacité après la compétition, coûteux à entretenir, rentabilisés dans le meilleur des cas sur plusieurs décennies.
Les favoris au titre
Selon les bookmakers, les principales favorites pour le titre 2026 sont :
- Argentine : championne sortante (2022), avec Messi en fin de carrière mais toujours dangereux
- France : 3e titre visé, génération expérimentée + jeunes
- Brésil : reconstruction après les déceptions 2022 et 2014, Vinicius Jr en chef de file
- Espagne : équipe jeune et talentueuse, championne d'Europe 2024
- Angleterre : Kane en pointe, génération solide
- Allemagne : reconstruction, jeunesse prometteuse
- Portugal : Ronaldo en dernière compétition probable
L'outsider : les équipes hôtes (USA notamment) peuvent profiter du soutien du public pour aller loin.
Calendrier des annonces française
- 5-7 juin 2026 : annonce de la liste définitive par Deschamps
- 8-10 juin 2026 : préparation finale, derniers matchs amicaux
- 11 juin 2026 : match d'ouverture à Mexico
- Le calendrier précis des matchs France à confirmer selon le tirage des groupes (effectué fin 2025)
À retrouver sur melles750
Sur le sport et les enjeux climatiques :
- El Niño « Godzilla » : un super épisode probable à 80 % entre juin et août 2026
- Cadmium dans les engrais, PFAS dans l'eau du robinet
- Sommets de la bêtise : Everest, randonnée des Pyrénées et réseaux sociaux
Sur le sport 2026 :
- Sasha Zverev grand favori du dernier carré RG 2026 : demi-finale contre Mensik
- RG 2026 demi-finales dames : Kostyuk, Andreeva, Shnaider, Chwalinska
- Championnats d'Europe d'athlétisme Birmingham 2026 : sélections françaises
- Giro 2026 étape 21 : Vingegaard sacré à Rome, Milan vainqueur
- Route d'Occitanie 2026 : étapes Saint-Gaudens et Loures-Barbazan
Sur la diffusion télé et les abonnements sport :