Cadmium dans les engrais, PFAS dans l'eau du robinet : l'Assemblée examine ce 3 juin, l'extrême droite et la droite ignorent les études scientifiques
L'Assemblée nationale examine ce mercredi 3 juin 2026 la proposition de loi de Benoît Biteau (Les Écologistes) et Clémentine Autain (L'Après) visant à diviser par 4 la teneur en cadmium des engrais agricoles d'ici 2030, conformément aux recommandations de l'Anses. 47,6 % des Français présentent une concentration urinaire critique, 100 % des enfants de 2-3 ans dépassent les seuils. Le Rassemblement national, la Droite républicaine et certains députés Ensemble pour la République ignorent les 18 000 études scientifiques disponibles. En parallèle, les médecins libéraux (CN URPS-ML) alertent dans une lettre ouverte du 1er juin sur les PFAS, pesticides et microplastiques dans l'eau du robinet : 19 millions de Français ont consommé une eau non conforme en 2024. Reporterre cite « C'est totalement irresponsable » : les médecins et scientifiques dénoncent.

Deux dossiers de santé publique convergent ce 3 juin 2026 : l'Assemblée nationale examine ce mercredi une proposition de loi portée par Benoît Biteau (Les Écologistes) et Clémentine Autain (L'Après) pour diviser par 4 la teneur en cadmium des engrais agricoles d'ici 2030, conformément aux recommandations de l'Anses. Dans le même temps, les médecins libéraux ont publié le 1er juin une lettre ouverte au gouvernement alertant sur les PFAS, pesticides et microplastiques dans l'eau du robinet : 19 millions de Français ont consommé une eau non conforme en 2024. Sur le cadmium, le Rassemblement national, la Droite républicaine et une partie d'Ensemble pour la République s'opposent au texte en contestant les études scientifiques ou en proposant de repousser leur application. Reporterre documente : « C'est totalement irresponsable ».
Texte de loi cadmium : examen Assemblée nationale mercredi 3 juin 2026. Porteurs : Benoît Biteau (Les Écologistes) + Clémentine Autain (L'Après). Objectif : passer de 90 mg/kg à 40 mg/kg d'ici 2027 puis 20 mg/kg d'ici 2030 dans les engrais. Seuil UE actuel : 60 mg/kg (le seuil français est 1,5x supérieur). Recommandation Anses : 20 mg/kg, avis de mars 2026. Imprégnation actuelle : 47,6 % des Français en concentration urinaire « critique », 100 % des enfants de 2-3 ans dépassent les seuils. Cause : 98 % de l'imprégnation vient de l'alimentation chez les non-fumeurs. 18 000 études scientifiques documentent les effets toxiques. Lettre ouverte eau potable CN URPS-ML : 1er juin 2026. 19 millions de Français (30 %) ont consommé une eau non conforme en 2024. Seuls 20 PFAS surveillés sur 4 000 à 15 000 existants. 413 particules de microplastiques par litre d'eau du robinet.
Le cadmium : la science et le politique
Le cadmium est un métal lourd qui s'accumule dans le corps. Il est cancérogène, mutagène, toxique pour la reproduction, responsable d'atteintes rénales et de fragilités osseuses, néfaste pour le neurodéveloppement et le système cardiovasculaire. Plus de 18 000 études publiées dans des revues scientifiques à comité de lecture documentent ces effets.
Santé publique France alerte les autorités depuis 2021. L'Anses, dans son avis de mars 2026, appelle à agir au plus vite contre la « surexposition » des Français. La proposition de loi de Benoît Biteau et Clémentine Autain vise à diviser par 4 la teneur autorisée dans les engrais d'ici 2030 (de 90 mg/kg à 20 mg/kg).
Le texte est soutenu par une centaine de parlementaires de tous les groupes politiques (Les Républicains, Renaissance, gauche, Modem...) à l'exception du Rassemblement national et de l'Union des droites pour la République (Éric Ciotti). Yannick Neuder, ancien ministre de la Santé (LR), soutient publiquement.
« C'est totalement irresponsable » : ce que dit Reporterre
L'enquête de Reporterre documente les positions des députés opposés au texte. Hervé de Lépinau (RN, Vaucluse), qui qualifiait récemment les scientifiques du GIEC de « propagandistes », a lancé en commission le 27 mai 2026 :
« Pourquoi vous êtes alarmiste, catastrophiste ? L'Anses nous dit qu'il n'y a pas de danger et de lien de causalité entre le cadmium présent dans le sol et la santé publique. »
Pour appuyer son propos, le député isole une phrase d'un avis Anses de 392 pages qui répète 12 fois au contraire que le cadmium est « préoccupant pour la santé publique ». Reporterre rappelle qu'il est éthiquement impossible de réaliser des études randomisées en double aveugle avec un toxique. « On ne peut pas donner à la moitié d'une population du cadmium et à l'autre un placebo, et voir ce que ça donne cinq ans après. » La toxicité est en revanche documentée par des études toxicologiques, in vivo sur animaux, et épidémiologiques par suivi de populations exposées.
Une méta-analyse récente publiée dans Plos One identifie une association significative entre exposition au cadmium et cancer du pancréas (12 000 décès/an en France), avec un risque doublé chez les individus les plus exposés. Pierre Souvet, cardiologue et président de l'Association Santé Environnement France, réagit :
« Je me demande si ce Monsieur Hervé de Lépinau a lu ne serait-ce que quelques-unes des études sur le cadmium de la bibliothèque mondiale médicale. »
Eddy Casterman (RN), en février 2026, affirmait « qu'aucune étude scientifique ne permet d'établir un lien direct entre la présence de cadmium chez l'être humain et l'agriculture ». Selon lui, rien ne justifie d'interdire les engrais contenant du cadmium, « si ce n'est la volonté farouche de provoquer l'effondrement de la production agricole française ».
Émeline Rey-Rinchet (Droite républicaine, groupe Wauquiez) a déposé en mai un amendement de suppression de l'article unique de la loi, jugeant l'interdiction « ni pertinente sur le plan économique, ni sur le plan sanitaire ».
Guillaume Kasbarian, ancien ministre, Ensemble pour la République, estime qu'il n'est « pas nécessaire de légiférer ». 86 députés Renaissance (parti Gabriel Attal), dont Agnès Pannier-Runacher, ancienne ministre de la Transition écologique, souhaitent repousser à 2035 l'entrée en vigueur du seuil de 20 mg/kg et le conditionner à une étude d'impact.
Le coût : 2 €/ha/an de décadmiation contre 2,6 Md€ de soins d'ostéoporose
L'Anses précise que les techniques de décadmiation existantes peuvent décontaminer les engrais phosphatés à un coût « raisonnable ». Benoît Biteau, ingénieur agronome de formation, l'a chiffré après discussion avec des fabricants d'engrais : 2 euros par hectare et par an.
À l'inverse, le coût sanitaire de l'inaction, selon l'Anses, pourrait atteindre 2,6 milliards d'euros pour la seule ostéoporose, une maladie du squelette favorisée par le cadmium. Le rapport coût/bénéfice est donc largement en faveur de la décadmiation.
Louis-Adrien Delarue, médecin généraliste à Angoulême, coadministrateur de l'association Alerte médicale sur les pesticides et perturbateurs endocriniens :
« C'est totalement irresponsable. Ces gens-là sont du mauvais côté de l'histoire. C'est honteux pour les victimes, pour les scientifiques, pour les médecins. Notre avis ne compte pas. »
Le médecin a récemment dû annoncer à une patiente de 32 ans qu'elle était atteinte d'un cancer du sein, maladie dont le cadmium est un facteur de risque probable. « Des familles entières sont ravagées. Je me demande pourquoi on continue à financer des hôpitaux, à financer de la recherche, pour au final ne pas écouter les recommandations des agences sanitaires. C'est leur cracher à la figure. »
Pierre Souvet, cardiologue : « Les enfants des familles qui votent à droite, au milieu ou à gauche sont tout autant touchés. S'il y a bien un sujet qui devrait être transpartisan, c'est celui-là. »
L'eau du robinet : la lettre ouverte des médecins libéraux du 1er juin
En parallèle, la Conférence nationale des Unions régionales des professionnels de santé-médecins libéraux (CN URPS-ML) a adressé le 1er juin 2026 une lettre ouverte au Premier ministre et aux ministres de la Santé et de la Transition écologique, qualifiant la pollution chimique de l'eau potable d'« enjeu massif de santé publique trop souvent minimisé ».
Chiffres clés :
- 87 % des réseaux officiellement conformes en 2026
- 19 millions de Français (30 % de la population) ont consommé une eau non conforme au moins une fois en 2024
- Seuls 20 PFAS sont surveillés, alors qu'il en existe 4 000 à 15 000
- 14 millions de Français exposés aux pesticides
- Contamination aux microplastiques « omniprésente et sous-estimée » : 413 particules par litre d'eau du robinet
L'organisation médicale liste les risques sanitaires : impacts sur le système hormonal, nerveux et immunitaire, lien possible avec des pathologies cardiaques et cancéreuses, des troubles neurodégénératifs et l'hypofécondité.
Pascal Meyvaert (CN URPS-ML), dans le communiqué :
« Nous ne pourrons pas dire que nous ne savions pas. Nous le redisons pour l'eau potable. L'heure n'est plus aux études supplémentaires : l'heure est au courage des solutions. »
L'organisation appelle à :
- Évolution de la réglementation
- Élargissement des substances surveillées
- Amélioration des systèmes de filtration
- Réduction des PFAS et plastiques
- Développement de l'agriculture biologique au détriment de l'agriculture intensive
Notre lecture : la chimie partout, personne ne réagit
Les effets de la chimie sur nos vies sont partout, mais personne ne réagit. Engrais et pesticides anéantissent la biodiversité autour des champs. L'arrachage des haies renforce l'érosion des sols, que l'on enrichit à nouveau d'engrais pour compenser la perte de la terre arable. Les inondations, favorisées dans ce contexte, transportent les produits chimiques dans les rivières et les nappes phréatiques.
Mais on continue. Pour pouvoir consommer du Nutella, des biscuits bourrés de chimie, des plats ultratransformés, dont les seuls bénéficiaires sont les industriels et les supermarchés (voir notre analyse des marges des supermarchés sur le bio publiée par Que Choisir).
Le dérèglement climatique, qui crée des épisodes caniculaires que El Niño va renforcer (voir notre analyse de l'alerte OMM El Niño Godzilla), n'est jamais traité dans sa convergence avec ces sujets. Personne ne parle de l'origine de notre impact direct. Non : il faut juste boire un coup (d'eau polluée), faire tourner les climatisations, et attendre que cela passe pour reprendre le rythme de l'hyperconsommation qui fixe les hiérarchies sociales si chères à l'homme.
C'est la convergence des dossiers qui est vertigineuse :
- Cadmium dans les engrais → alimentation contaminée
- PFAS, pesticides, microplastiques dans l'eau potable
- Agriculture intensive qui détruit la biodiversité et épuise les sols
- Élevage industriel qui consomme une part disproportionnée des engrais et des terres
- Industries alimentaires qui transforment ces produits en plats ultratransformés
- Distribution qui maximise les marges sur les segments les plus chimiques
- Climat qui se dérègle, ce qui aggrave la circulation des toxiques dans l'eau et le sol
- Politique qui arbitre régulièrement contre les recommandations sanitaires au nom d'équilibres budgétaires marginaux
Yannick Neuder (LR) soutient le texte. Pierre Souvet rappelle que les enfants des familles de droite, du centre et de gauche sont tous concernés. Le sujet est transpartisan, par nature. Que l'extrême droite s'en éloigne sciemment au nom d'un agribusiness mal compris, ou que des députés Renaissance veuillent repousser à 2035 sous prétexte d'étude d'impact, c'est abandonner sa responsabilité sanitaire immédiate.
Le calendrier à suivre
- Mercredi 3 juin 2026 : examen Assemblée nationale de la proposition de loi cadmium
- Vote : à confirmer dans les jours suivants selon le déroulé des débats
- Si adoption : engagement à 40 mg/kg en 2027, 20 mg/kg en 2030 (sauf amendement Renaissance qui pousse à 2035)
- Si rejet : maintien du statu quo à 90 mg/kg (1,5x la moyenne européenne)
- Côté eau potable : pas de calendrier législatif clair à ce stade, réponse du gouvernement attendue à la lettre ouverte CN URPS-ML
melles750 suivra les développements au plus près.
À retrouver sur melles750
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