Comment nos villages de montagne étouffent sous le surtourisme
Chaque été, nos villages de montagne doublent, triplent, parfois davantage. Et chaque été, les mêmes tensions : le stationnement, les déchets, le bruit, l'eau. Un billet sur ce que le surtourisme fait à nos vallées.

Comment nos villages de montagne étouffent sous le surtourisme
Chaque été, c'est la même histoire. Le village se remplit, double, triple, parfois plus encore. On aime que la vallée vive, que les volets s'ouvrent, que les terrasses se garnissent. Mais quand l'affluence dépasse ce que nos routes, nos réseaux et nos nerfs peuvent absorber, la montagne ne respire plus. Elle étouffe. Et dans bien de nos villages, on voit revenir chaque année les mêmes points de friction.
Des voitures partout, et de plus en plus grosses
Le premier symptôme, c'est la voiture. Toujours plus nombreuse, et souvent toujours plus grosse. Ces gros véhicules qui occupent une place et demie, quand ils ne se garent pas carrément en long sur des places dessinées en épi, par crainte de se faire toucher une portière. Résultat, d'autres finissent par empiéter sur la chaussée, et le moindre croisement devient une épreuve.
Sur nos routes étroites, sinueuses et escarpées, on croise des conducteurs pétrifiés, incapables d'avancer ou de reculer. Le bon sens montagnard, celui qui veut qu'on se rabatte vers le refuge le plus proche pour laisser passer, se perd. Certains s'arrêtent net à la priorité en montant, et bloquent tout le monde. À Melles, on entend même l'idée d'élargir la route. Élargir la route pour faire entrer davantage de voitures encore, vraiment ?
Les poubelles débordent, le tri disparaît
Deuxième symptôme, les déchets. Les conteneurs débordent, mais qu'importe, les sacs s'entassent à côté. Les chiens finissent le travail et éparpillent. Et là apparaissent des déchets non seulement importants en volume, mais que personne n'a triés : emballages, canettes, et même du verre, tout au même endroit. Le b.a.-ba du tri, oublié le temps des vacances, comme si les règles restaient à la maison. La solution est pourtant simple : si un conteneur est plein, on garde son sac chez soi jusqu'au prochain passage, ou on le dépose à la déchetterie en chemin. Et trier ne sert pas qu'au recyclage, cela permet aussi de mieux répartir les déchets entre les conteneurs, plutôt que de tout entasser au même endroit.


Le bruit, quand le silence est un bien commun
Il y a aussi le bruit. Là où les habitants savourent le calme toute l'année, l'été venu certains poussent le volume de la musique pour accompagner le barbecue. Le silence d'une vallée n'est pas un vide à combler. C'est un bien commun, et il se partage.
Des habitants de quelques jours
Et puis il y a ce lien particulier au village. Certains venaient enfants chez leur grand-mère, et se sentent légitimement d'ici. On les comprend, ils font partie de l'histoire. Mais entre venir de Paris ou d'ailleurs pour se dire du village deux semaines par an, dans la maison de vacances, et y vivre à l'année, il y a un monde.
Car dans quinze jours, tout le monde aura décampé pour rejoindre les vies citadines. Les villages retrouveront leur rythme tranquille, au gré des saisons, des bons moments et des plus difficiles que donne à vivre la montagne. Ceux qui restent, eux, traversent toutes les autres saisons. Car la montagne n'est pas qu'un terrain de jeux pour les vacances : elle vit toute l'année, avec sa faune et sa flore. Bientôt les journées raccourciront, et résonnera le brame du cerf, devenu au passage un nouveau spectacle pour citadins en manque de nature. Viendront aussi les semaines entières passées sous la pluie, une vie plus sobre, où l'on ne redescend pas dans la vallée pour un prétexte futile ou pour tuer le temps à consommer.

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Utiliser le code chez Green-Got → En savoir plus sur le code promo Green-GotL'eau et les réseaux, la limite qu'on ne voit pas
Enfin, il faut parler de ce qui ne se voit pas jusqu'à ce que ça lâche : l'eau et les réseaux. Quand la population est multipliée par deux, par trois, par quatre ou par cinq en quelques jours, l'alimentation en eau, l'assainissement et les infrastructures saturent. Une ressource comme l'eau, en montagne, n'est pas extensible à volonté. C'est la vraie limite, celle qui devrait cadrer le reste.
Aimer la montagne, ce n'est pas la consommer
Nous ne sommes pas les seuls à le dire. D'autres montagnards l'ont écrit, parfois plus vertement, comme ce coup de gueule paru sur u-trail. Parti d'un incident dans un refuge du Vercors, l'article y voit le symptôme d'un vrai conflit d'usage : la montagne française a enregistré 43,5 millions de nuitées touristiques durant l'été 2024, et beaucoup arrivent avec les réflexes de la ville, là où le moindre service est disponible en permanence. La formule qui a circulé résume tout : « un refuge n'est pas un restaurant ». On ne vient plus seulement marcher en montagne, on vient parfois la consommer.
Bien sûr, la montagne est belle. Mais elle est belle et rude à la fois, toute l'année, et c'est cette dureté qui forge le respect d'une nature encore sauvage. Une nature que l'homme cherche pourtant toujours à maîtriser, à dompter, et souvent à écraser pour de futiles besoins ou de simples clichés instagrammables.
Il ne s'agit pas de fermer la porte. La montagne se partage. Mais elle n'est pas un décor jetable ni un parking à ciel ouvert. Se garer sans bloquer, trier ses déchets, baisser le son, respecter l'eau : rien d'insurmontable, juste un peu d'attention.
Alors, amis vacanciers, sans rancune, et à l'année prochaine. Et n'oublions pas qu'à la montagne comme ailleurs, nos modes de vie ont un impact : plus que tout autre territoire, la montagne souffre du réchauffement climatique lié aux activités humaines. En prendre soin quelques semaines par été, c'est déjà commencer à la préserver pour longtemps.