Festival • Pyrénées • Audiovisuel
Inceste, exil, greenwashing et violences : à Luchon, la télé regarde le monde en face
Du 4 au 7 février 2026, le Luchon Festival revient pour sa 27e édition. Au cœur des Pyrénées, dans l’écrin thermal de Luchon, vingt œuvres en compétition vont se disputer les faveurs des jurys. Point commun : aucune ne cherche à rassurer. Bienvenue dans un festival où la fiction et le documentaire osent ce que d’autres évitent.
Un festival qui ne fait pas semblant
Depuis 27 ans, le Luchon Festival s’est imposé comme le rendez-vous hivernal incontournable de la création audiovisuelle française. Loin des paillettes parisiennes, ce festival à taille humaine réunit chaque année professionnels du secteur, festivaliers curieux et scolaires autour d’une programmation exigeante. L’édition 2025 avait rassemblé plus de 3 000 spectateurs sur trois jours, avec 800 scolaires impliqués dans les projections-débats.
Pour 2026, l’équipe du festival a choisi de ne pas s’imposer de thématique. Une liberté revendiquée qui permet d’accueillir des œuvres variées, sans autre critère que la qualité et la singularité. Le résultat : une sélection qui ose aborder frontalement les sujets de société les plus sensibles.
L’Occitanie, deuxième région productrice de l’audiovisuel en France, trouve ici une vitrine à la hauteur de son dynamisme. Le festival cultive son ADN pyrénéen : projections au théâtre à l’italienne, déjeuner sur le plateau de Superbagnères, apéro aux Halles du marché. Une convivialité assumée qui n’empêche pas l’exigence artistique.
Des documentaires qui secouent les consciences
La sélection documentaire de cette 27e édition ne verse pas dans le feel-good. Les dix œuvres retenues plongent dans des réalités souvent occultées, donnant la parole à ceux qu’on n’entend pas.
L’inceste : briser le silence institutionnel
Inceste, le combat d’une vie de Stéphanie Pillonca suit Steffy, 24 ans, qui a publié en 2021 une vidéo racontant l’histoire de son petit frère Carl. Victime d’inceste comme elle, il s’est suicidé à 12 ans. À travers des archives personnelles et des témoignages bouleversants, le film interroge les défaillances du système de protection de l’enfance. Un documentaire qui refuse de détourner le regard et pointe les responsabilités collectives.
L’exil et les violences faites aux femmes migrantes
Jusqu’à preuve du contraire de Jean-Baptiste Renaud nous emmène à Marseille, dans le cabinet du Dr Jeremy Khouani. Ce jeune médecin reçoit des femmes demandeuses d’asile venues panser leurs plaies et raconter leur histoire. Des récits où le viol est omniprésent : parfois à l’origine du départ, souvent sur les routes migratoires, toujours redouté à l’arrivée. Un film nécessaire sur une réalité que l’Europe préfère ignorer.
Les trafics d’êtres humains méconnus
La vente secrète des juifs de Roumanie de Pierre Goetschel révèle un pan totalement méconnu de l’histoire du XXe siècle. Pendant trente ans, la Roumanie communiste s’est livrée à un vaste trafic : des milliers de juifs troqués contre du bétail, puis vendus en Europe et en Israël. Le film prolonge l’enquête menée par Sonia Devillers pour son livre Les Exportés et lève le voile sur cette exportation massive d’êtres humains.
La guerre et ses visages
Les visages de la guerre de Didier Cros nous plonge dans le centre médical de Vynnyky, dans la banlieue de Lviv en Ukraine. Un hôpital pas comme les autres, dédié exclusivement aux blessés de guerre : amputés et défigurés. Le documentaire suit leur reconstruction physique et psychologique, témoignant de la résilience collective face à l’horreur.
Interpol détourné par les dictatures
Notices rouges de Jean-Christophe Brisard accuse Interpol d’être instrumentalisé pour traquer des opposants politiques. En 2023, plus de 66 000 notices rouges circulaient, majoritairement émises par la Russie et la Chine. Faute de contrôles suffisants, des militants biélorusses, ouïghours ou bahreïnis ont été emprisonnés ou renvoyés vers des dictatures. Paul Watson, le défenseur des océans, en a aussi été victime.
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Le greenwashing dans le viseur
Parmi les œuvres les plus attendues de cette édition, deux productions mettent la crise environnementale au cœur de leur récit. Sans angélisme ni catastrophisme, elles interrogent nos modes de vie et les discours des puissants.
Phoenix : quand les activistes passent à l’action
C’est peut-être la fiction la plus audacieuse de cette édition. Phoenix, série franco-allemande en six épisodes réalisée par Franck Brett, met en scène six jeunes activistes qui kidnappent simultanément les enfants de dirigeants européens. Leur cible : des patrons de multinationales réunis dans les Alpes pour un forum prétendant lutter contre le réchauffement climatique.
L’objectif des ravisseurs : dénoncer le greenwashing de ces entreprises et les forcer à tenir leurs promesses environnementales. Une série qui promet de faire débat, portée par un casting international avec Léo Legrand, Marie Colomb, François Berléand et Natacha Lindinger. Coproduite par France Télévisions et ZDF, elle sera diffusée sur France 2.
On appréciera l’ironie de voir cette série projetée dans un festival dont les partenaires sont… Intermarché et son loup otage d’une imposture commerciale, le Crédit Agricole (grand financeur des énergies fossiles) et EDF (qui nous promet un avenir radieux depuis des décennies). Les activistes de Phoenix auraient peut-être quelques questions à poser aux sponsors. Mais ne boudons pas notre plaisir : c’est aussi ça, le cinéma.
Oceania : les gardiens de l’océan face à la montée des eaux
Côté documentaire, Oceania, les gardiens de l’océan de Raynald Mérienne donne la parole aux peuples du Pacifique. Depuis les temps anciens, les Océaniens entretiennent un lien sacré avec l’océan. Mais le changement climatique, la montée du niveau de la mer, la surpêche et la pollution plastique menacent tout un continent.
Face à ces défis existentiels, les communautés insulaires se mobilisent. Le film, d’une durée exceptionnelle de 90 minutes, documente leurs initiatives et leur résistance. Un témoignage précieux sur des territoires en première ligne du dérèglement climatique.
Des fictions ancrées dans le réel
La compétition fiction réunit dix œuvres qui, pour la plupart, puisent leur matière dans les tensions de notre époque. Loin des comédies légères, ces unitaires et séries explorent les fractures sociales, familiales et territoriales.
Un dimanche de chasse : ruraux contre néo-ruraux
Un dimanche de chasse de Catherine Klein met en scène la famille Cellier, fraîchement installée à la campagne. Après une dispute avec sa mère, leur fille adolescente Anaïs part dans la forêt, casque sur les oreilles, alors qu’une battue est en cours. Elle est grièvement blessée par le tir accidentel d’un chasseur expérimenté. Le film ausculte les tensions entre deux mondes qui cohabitent sans se comprendre.
Impacts : les conséquences d’un délit de fuite
Réalisé par Alain Tasma, Impacts démarre sur une route de campagne, la nuit. Une jeune fille marche le long de la ligne blanche. Une voiture surgit et la percute. Passé le choc, la voiture redémarre. Le film explore les conséquences de cette fuite, pour la victime comme pour le conducteur. Avec Margot Bancilhon et Pablo Pauly.
Une relation dangereuse : emprise et reconstruction
Adapté d’un roman de Douglas Kennedy, Une relation dangereuse de Nadège Loiseau suit Virginie, brillante reporter de guerre, qui rencontre Charles en mission. Coup de foudre, grossesse rapide, puis dépression post-partum. Son bonheur se transforme en cauchemar. Parviendra-t-elle à récupérer sa fille ? Ophelia Kolb et Grégory Fitoussi portent ce thriller psychologique coproduit avec la RTBF.
La mère et l’assassin : quand le passé ressurgit
Série en quatre épisodes réalisée par Sandra Perrin, La mère et l’assassin met en scène Morgane, mère de deux adolescentes, dont la vie bascule quand elle se lie à Hugo, le professeur de sport de sa fille Océane. Peu après, l’adolescente disparaît. Culpabilité, soupçons, puis la mort d’Hugo : Morgane devient la principale suspecte. Hélène de Fougerolles et Florent Peyre incarnent ce thriller familial.
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Deux jurys prestigieux pour départager les œuvres
Pour cette 27e édition, le festival a confié la présidence des jurys à deux figures appréciées du public et de la profession.
Valérie Bonneton préside le jury fiction
La comédienne Valérie Bonneton, révélée par Fais pas ci, fais pas ça et vue récemment dans Scènes de ménages, présidera le jury fiction. Elle sera entourée de Thierry Neuvic et Samir Boitard (comédiens), Elsa Bennett (réalisatrice), Léa Gabrié (productrice chez Tetra Média) et Philippe Kelly (compositeur).
Ce jury décernera huit prix : meilleure fiction unitaire, meilleure fiction série, meilleure interprétation féminine et masculine, meilleure réalisation, meilleur scénario, meilleure musique et prix du public.
Lionnel Astier à la tête du jury documentaire
Le comédien et auteur dramatique Lionnel Astier, inoubliable interprète de Léo Mattéi, présidera le jury documentaire. Il sera accompagné de Ketty Rios Palma (auteure-réalisatrice), Olivier de Bannes (producteur), Princess Erika (auteure-compositrice-interprète), Patrick Jeudy (auteur-réalisateur) et Olivier Brumelot (consultant, ancien coordinateur de l’offre documentaire de France Télévisions).
Ce jury attribuera le Grand prix documentaire, le Prix du jury, le Prix de la musique originale et le Prix du public.
Éveiller les consciences dès le plus jeune âge
Le Luchon Festival accorde une place importante aux scolaires. Cette année encore, 800 élèves sont attendus pour des projections adaptées par tranches d’âge, suivies de débats avec les équipes des films.
Des projections pensées pour chaque public
Les maternelles découvriront des projections en version espagnole, pour une approche ludique de la langue et de la culture. Les primaires assisteront au documentaire Notre histoire de France en présence de Sonia Rolland.
Pour les collégiens et lycéens, le programme est plus ambitieux : projections suivies de débats, immersion avec l’équipe presse pour découvrir les coulisses du journalisme culturel, rencontres professionnelles avec un directeur de casting, ateliers sur la prise de parole en public. Autant de clés pour leur entrée dans le monde professionnel.
Deux documentaires pour passer du regard à l’action
Même si tu vas sur la lune de Laurent Rodriguez, Prix du jury documentaire 2025, aborde la question de l’exil. Le début de la faim de Ketty Rios Palma plonge au cœur d’une épicerie sociale et solidaire. En amont du festival, des ateliers ont été organisés avec les jeunes pour une collecte au profit des Restos du Cœur et d’une épicerie solidaire du territoire.
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Un lieu de rencontres pour les professionnels
Au-delà des projections, le Luchon Festival renforce son engagement auprès des professionnels de la création audiovisuelle. Tables rondes, masterclasses et rencontres jalonnent les quatre jours du festival.
Table ronde : les nouveaux financements du documentaire
Olivier Wlodarczyk, producteur et représentant de l’association Question de Cœur, animera une table ronde sur les avantages et les freins des nouveaux modes de financement du documentaire. Un sujet crucial pour une profession en pleine mutation.
Masterclasses : transmission et savoir-faire
Françoise Ménidrey, forte de 35 ans de carrière en tant que directrice de casting, partagera son expérience lors d’une masterclasse. Anne Dorr animera une autre session dédiée à la culture et à sa reconstruction humaniste, autour d’un documentaire.
Des rencontres sont également prévues avec Roger Arpajou (photographe de plateau), Karim Ghiyati (Occitanie Culture) et Silvia Ferrari (Bureau des tournages de Toulouse). L’occasion de découvrir les coulisses de la production audiovisuelle en région.
Quatre jours de festival : le programme
Mercredi 4 février : ouverture en fanfare
La journée démarre avec les projections scolaires et les premiers débats. Le soir, place à la cérémonie d’ouverture, suivie d’une soirée festive avec DJ set et cocktail dînatoire. Christelle Chollet, comédienne, chanteuse et humoriste, officiera comme maîtresse de cérémonie.
Jeudi 5 et vendredi 6 février : le cœur du festival
Projections en compétition tout au long de la journée, entrecoupées de rencontres professionnelles et de la table ronde. Le vendredi soir, rendez-vous aux Halles du marché pour l’apéro convivial, suivi d’une soirée karaoké.
Samedi 7 février : palmarès et clôture
Dernières projections le matin, puis déjeuner sur le plateau de Superbagnères pendant que les jurys délibèrent. DJ set en altitude avant de redescendre pour la cérémonie de remise des prix. Christelle Chollet reviendra sur scène avec ses musiciens pour clôturer le festival en musique, avant le cocktail de clôture et l’after party.
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Hors compétition : deux collections à découvrir
En marge de la compétition officielle, le festival propose deux fictions hors compétition qui concourront pour le Prix du public collection.
Crimes à Cluny : enquête dans l’abbaye
Crimes à Cluny de Céline Guerraz réunit Sonia Rolland et Marie Fèvre-Scheuermann. Lors des festivités des Arts et Métiers, un meurtre est commis dans l’abbaye. L’enquête est confiée à Louise Vaillant, du SRPJ de Lyon, qui doit collaborer avec sa mère, gendarme locale. Une relation mère-fille fragilisée par un lourd secret complique l’affaire.
Monsieur Parizot : cure mortelle
Monsieur Parizot – Cure mortelle de François Guérin met en scène Patrick Paroux en curiste malchanceux. Arrivé aux Cures Lorraines de Nancy pour un séjour de détente, ses projets s’effondrent quand un corps est retrouvé dans le sauna. Accident pour la police, meurtre pour Parizot. Avec Corinne Touzet dans le rôle de son acolyte.
Infos pratiques : venir au festival
📅 Dates
Du mercredi 4 au samedi 7 février 2026
🎟️ Billetterie
Office de Tourisme Pyrénées 31 – Luchon
Tél. : 05 61 79 21 21
www.pyrenees31.com
🚂 Accès en train
Ligne directe Toulouse – Luchon
Réservation sur sncf-connect.com
🚗 Accès en voiture
Autoroute A64, sortie à 37 km
145 km depuis Toulouse
100 km depuis Tarbes
Un festival qui compte dans le paysage audiovisuel
Avec 30 journalistes accrédités, 80 bénévoles mobilisés et une fréquentation en hausse constante, le Luchon Festival s’est imposé comme un rendez-vous qui compte. Son positionnement singulier, entre exigence artistique et convivialité pyrénéenne, lui permet de réunir professionnels et grand public dans une ambiance que les festivaliers décrivent souvent comme unique.
Pour 2027, l’équipe du festival annonce déjà des perspectives ambitieuses : une résidence d’écriture ancrée sur le territoire et un rendez-vous trimestriel au cinéma de Luchon pour faire vivre le festival tout au long de l’année.
En attendant, rendez-vous du 4 au 7 février 2026 pour découvrir une télévision qui regarde le monde en face. Et qui n’a pas peur de ce qu’elle y trouve.