Written by 11h28 Comminges, Comminges Pyrénées

Un But de plus dans le Comminges

Magasin But Bazet Gourdan-Polignan

 

Commerce · Territoire · Comminges · Analyse critique

Quelques hectares en moins, et la sobriété qui attendra encore

Après Estancarbon, Gourdan-Polignan accueille un second magasin But en zone du Bazert. Un fait commercial présenté comme un progrès pour le territoire. On peut aussi y lire autre chose.

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Un nouveau magasin But va ouvrir ses portes dans la zone commerciale du Bazert, à Gourdan-Polignan. On va encore nous seriner sur le bénéfice de cette nouvelle implantation signe d’un dynamisme territorial, d’offre étoffée, de proximité pour les habitants. Soit. Mais avant de dérouler le tapis rouge, quelques questions méritent d’être posées : combien de mètres carrés de terre agricole ou naturelle avalés supplémentaires ? Quel modèle de consommation incarne encore cette enseigne en 2025 ? Et dans quel monde vit-on quand « enrichir l’offre commerciale » est présenté comme une bonne nouvelle sans nuance ?

Des terres artificialisées pour vendre des canapés à crédit

La zone commerciale du Bazert, c’est d’abord un paysage. Ou plutôt, ce que ce paysage était avant d’être transformé en ruban de bitume, de parkings et de hangars métalliques. Ce type de zone périphérique, si banal dans la France des années 1980-2010 qu’on a fini par le trouver normal, représente pourtant l’une des formes les plus brutales d’artificialisation des sols : des terres qui ne reverdiront pas, imperméabilisées pour des décennies, définitivement soustraites à tout usage agricole, naturel ou même simplement perméable à la pluie. Et voilà qu’on y ajoute un nouveau bâtiment.

La France a officiellement fixé l’objectif « zéro artificialisation nette » à horizon 2050, avec une réduction de moitié du rythme d’imperméabilisation d’ici 2031. Bel objectif sur le papier. Dans les faits, les zones commerciales continuent de se multiplier dans les périphéries des villes moyennes, et les permis de construire continuent d’être accordés avec une étonnante générosité pour des boîtes à chaussures de plusieurs milliers de mètres carrés. Le Comminges n’est pas une exception : il suit simplement la règle française, celle qui consiste à dire « sobre demain, bétonné aujourd’hui ».

L’enseigne But a choisi la zone du Bazert pour son accessibilité automobile. Car tout est là. Cette zone n’est accessible qu’en voiture, ou presque. Il n’existe pas de ligne de bus cadencée permettant de s’y rendre depuis Saint-Gaudens ou Montréjeau sans un parcours du combattant. Le vélo ? Oubliez les pistes cyclables. Ce magasin, comme ses voisins, est conçu pour une clientèle motorisée, dans un modèle qui présuppose que chaque achat d’une machine à laver nécessite un trajet en voiture individuelle. En 2025, à l’heure où l’on parle de décarbonation, c’est un anachronisme assumé.

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Le Comminges, territoire en développement commercial : mais à quel prix ?

La rhétorique du « dynamisme territorial » mérite d’être déconstruite. Chaque nouvelle enseigne qui s’implante en périphérie est présentée comme une victoire, un signe d’attractivité, la preuve que le territoire existe aux yeux des investisseurs. C’est vrai, dans une certaine mesure. Mais cette attractivité-là a un coût que les communiqués officiels ne chiffrent jamais : coût environnemental de l’imperméabilisation, coût social de la désertification des centres-bourgs, coût invisible de la dépendance automobile pour des ménages sans voiture ou à mobilité réduite, coût culturel d’un paysage standardisé où Gourdan-Polignan ressemble désormais à la sortie de n’importe quelle ville moyenne de France.

Le Comminges, comme beaucoup de territoires ruraux, a longtemps souffert d’un manque de services et de commerces. C’est une réalité. Mais la réponse systématique par la zone commerciale de périphérie est un remède qui aggrave certains maux qu’il prétend soigner. En attirant la clientèle hors des centres-villes, ces zones achèvent d’asphyxier les commerces qui y résistaient encore. Le résultat est bien connu : des centres-bourgs fantômes, des pharmacies qui ferment, des boulangeries qui ne trouvent pas repreneur, et pendant ce temps, la zone commerciale s’étend, se densifie, réclame un nouveau rond-point.

Estancarbon, l’appétit vient en mangeant

Le premier magasin But du Comminges, ouvert à Estancarbon, avait été accueilli avec enthousiasme. La clientèle locale, effectivement, s’y est rendue. La demande était réelle, personne ne le nie. Mais ce succès commercial, lu de l’intérieur de la logique d’enseigne, a simplement validé l’existence d’un marché suffisamment juteux pour en justifier un second. C’est la mécanique du secteur : tester, confirmer, dupliquer. Deux But dans le Comminges, pourquoi pas trois demain ? La sobriété n’est pas inscrite dans le modèle d’affaires.

Ce qu’on a rarement calculé lors de l’ouverture d’Estancarbon, c’est l’impact sur les artisans locaux : les cuisinistes indépendants, les électriciens-revendeurs, les petits magasins de meubles qui tenaient encore dans quelques bourgs. Ces acteurs-là n’ont pas de service communication, pas de spot publicitaire, pas de promotions à crédit sur 36 mois. Ils disparaissent discrètement, sans faire la une.

Gourdan-Polignan : nouveau chapitre, même script

L’implantation à Gourdan-Polignan reproduit à l’identique la même logique de maillage territorial. On couvre un bassin de chalandise supplémentaire, on capte des flux de clientèle qui échappaient encore à l’enseigne, et on verrouille un peu plus solidement la dépendance des consommateurs commingeois à ce type d’offre. C’est du commerce. C’est légal. C’est même, dans la grammaire économique dominante, considéré comme normal et souhaitable. Mais c’est aussi, rappelons-le, exactement le modèle contre lequel les partisans d’une consommation plus sobre, plus locale, plus durable se battent depuis des années, sans les moyens, ni la surface de vente, de But.

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But, c’est quoi au juste ? Portrait d’un temple de l’hyperconsommation

Fondée en 1972, But est l’une des enseignes françaises les plus connues dans le secteur de l’équipement de la maison. Plus de 300 magasins sur le territoire national, des catalogues volumineux, des campagnes publicitaires agressives, des promotions permanentes et des offres de crédit à la consommation omniprésentes. Le modèle est rodé : vendre beaucoup, vendre vite, faire revenir souvent. Ce n’est pas une critique du personnel, ce sont des salariés comme les autres, c’est une lecture du modèle d’affaires.

Car le modèle But, c’est celui du meuble jetable et de l’électroménager à durée de vie programmée. Un canapé à 299 euros ne durera pas dix ans. Un téléviseur à 199 euros sera obsolète dans trois. Une cuisine à monter soi-même, avec ses panneaux de particules et ses chants en mélaminé, finira tôt ou tard à la déchetterie, rarement réparable, difficile à recycler. C’est le modèle de la « fast furniture », cousin de la fast fashion : renouveler, remplacer, recommencer. Un moteur à hyperconsommation que les campagnes de promotions entretiennent méthodiquement.

L’enseigne appartient aujourd’hui au groupe austro-suisse XXXLutz, l’un des plus grands groupes de distribution de mobilier en Europe, avec des dizaines de marques et une logique industrielle de compression des coûts à chaque étape. La chaîne d’approvisionnement s’étend sur plusieurs continents, les matières premières viennent de loin, les sous-traitants se trouvent là où la main-d’œuvre est la moins chère. Rien d’illégal là-dedans, mais rien de particulièrement vertueux non plus, et surtout rien qui ressemble de près ou de loin à l’économie locale que beaucoup d’élus commingeois appellent de leurs vœux.

Faut-il pour autant boycotter But ? La question est mal posée. Beaucoup de ménages n’ont pas les moyens de se payer du mobilier artisanal, mais d’autres solutions existent, comme l’occasion que l’on peut retrouver à Troc du Comminges à Saint-Gaudens, ou entre particuliers. Le prix reste un facteur déterminant, et ce serait une posture confortable que de moraliser des familles dont le budget est contraint. Mais reconnaître cette réalité sociale ne doit pas nous conduire à accueillir chaque nouvelle grande surface comme un cadeau fait au territoire. Ce n’en est pas un. C’est une transaction commerciale, et ses externalités négatives sont bien réelles.

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Ce que cette ouverture change concrètement… et ce qu’elle ne changera pas

Il y aura des emplois. Oui. La grande distribution crée des postes, c’est indéniable. Des emplois souvent à temps partiel, souvent peu qualifiés, souvent avec des horaires contraignants et une rémunération proche du SMIC. Ce n’est pas une raison de les mépriser, dans un territoire où l’offre d’emploi est limitée, chaque poste compte. Mais ne présentons pas l’ouverture d’un But comme une politique d’emploi. C’est une conséquence, pas une vocation.

Il y aura des kilomètres épargnés pour les habitants proches. C’est vrai aussi. Ne pas devoir aller jusqu’à Toulouse pour acheter un lave-linge, c’est concret, c’est réel. Mais ce gain de proximité s’accompagne d’un paradoxe : en rendant l’achat d’équipements facilement accessible, la zone commerciale stimule la consommation. On n’achète pas forcément le même lave-linge qu’on aurait acheté autrement, on en achète peut-être un en plus, un de remplacement anticipé, parce que le nouveau modèle était en promotion et que le crédit sans frais était là, bien visible, sur l’étiquette.

La loi ZAN, une digue qui fuit

La loi Climat et Résilience de 2021 a introduit l’objectif « zéro artificialisation nette » des sols, connu sous l’acronyme ZAN. Ce cadre législatif était supposé mettre un coup d’arrêt à l’étalement urbain et à la consommation effrénée de foncier naturel ou agricole. Mais entre les objectifs affichés et la réalité du terrain, le fossé reste béant. Les dérogations se multiplient, les intercommunalités négocient des enveloppes foncières préservant leurs projets en cours, et les zones commerciales continuent de fleurir sous des emballages juridiques variés. Le But de Gourdan-Polignan s’inscrit dans ce contexte d’un droit à l’artificialisation qui résiste à toute tentative de régulation sérieuse.

Les centres-bourgs, victimes collatérales silencieuses

Pendant qu’on inaugure But à Gourdan-Polignan, combien de commerces de centre-bourg ferment leurs portes dans les villages commingeois ? La corrélation n’est pas mécanique, mais elle est structurelle. Chaque euro dépensé en zone commerciale est un euro qui ne circule pas dans le commerce local. Sur le long terme, ces flux redistribués contribuent à l’érosion du tissu commercial vivant des petites communes : le quincaillier, le tapissier, le petit électroménager du coin qui réparait encore votre machine à laver plutôt que de vous en vendre une nouvelle. Ces savoir-faire disparaissent, et aucune inauguration de But ne les fera revenir.

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Le crédit à la consommation : le carburant silencieux de l’hyperconsommation

Il y a un aspect de l’offre But qu’on mentionne rarement dans les articles de presse locale mais qui mérite d’être nommé : le crédit à la consommation. Les enseignes comme But ne vendent pas seulement des meubles. Elles vendent de la capacité à acheter ce qu’on n’a pas les moyens de payer comptant. Les offres « 0 % pendant 36 mois », les cartes de fidélité avec facilités de paiement, les crédits revolving adossés aux achats : tout cela pousse les ménages à consommer au-delà de leurs capacités réelles, avec un effet de normalisation du recours à l’endettement pour des biens de consommation courante. Dans un territoire comme le Comminges, où le revenu médian est en dessous de la moyenne nationale, ce mécanisme mérite un regard critique.

Les associations de consommateurs et les défenseurs d’une consommation sobre le répètent depuis des années : acheter moins cher ne revient pas à dépenser moins. Acheter un canapé à 299 euros qui durera trois ans coûte plus cher, sur dix ans, qu’un canapé de qualité à 800 euros qui en durera douze. Mais l’argument du prix apparent, couplé à la facilité du crédit, court-circuite ce raisonnement. La grande distribution l’a très bien compris, et But n’est pas en reste sur ce terrain-là.

Ce n’est pas une fatalité. Des alternatives existent et progressent : les ressourceries et recycleries du territoire, les vides-greniers, les plateformes de revente entre particuliers, la filière du mobilier reconditionné. Ces circuits fonctionnent, créent du lien social, génèrent parfois des emplois locaux plus ancrés dans le territoire. Ils manquent de visibilité, de moyens de communication, et d’emplacements commerciaux bien situés. Mais ils sont là, et ils méritent qu’on les soutienne avec au moins autant d’enthousiasme qu’on réserve aux inaugurations de grandes surfaces.

La sobriété attendra : quand l’urgence climatique bute sur la logique commerciale

On nous a dit que la décennie 2020 serait celle de la transformation. Celle où les comportements changeraient vraiment, où les modèles économiques s’adapteraient à l’urgence climatique, où les collectivités locales prendraient des décisions d’aménagement cohérentes avec les engagements pris lors des COP successives. On nous l’a dit. Et pendant ce temps, dans le Comminges, on coule du béton pour y vendre des téléviseurs et des meubles en aggloméré à crédit.

Ce n’est pas une position de principe contre But, ni contre les habitants qui iront faire leurs courses dans ce magasin. Beaucoup d’entre eux ont des raisons valables de le faire, et Melles750 n’a pas vocation à jouer les donneurs de leçons morales depuis un piémont pyrénéen où tout le monde a une voiture et la connexion internet pour commander en ligne. Mais on peut, et on doit, nommer ce qu’est cette ouverture : un nouveau maillon d’un système économique dont nous savons collectivement qu’il est incompatible avec les limites planétaires, et que nous continuons néanmoins de construire, d’étendre, de financer, faute de courage politique pour en imaginer une alternative crédible à l’échelle d’un territoire.

La vraie question n’est pas « But ou pas But ? ». Elle est : dans vingt ans, quand le dernier hectare de foncier agricole disponible à Gourdan-Polignan sera sous bitume, quand les centres-bourgs commingeois seront définitivement morts de leur commerce, quand les ressources en eau des Pyrénées seront encore plus sous pression et que les sols imperméabilisés aggraveront les crues de la Garonne, qui assumera la responsabilité des décisions d’urbanisme commercial prises aujourd’hui dans un relatif consensus ? Personne, sans doute. Ou tout le monde à la fois, ce qui revient au même.

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