À Melles (comme ailleurs sûrement) la sobriété attendra
Chronique d’un débordement annoncé
La scène est désormais classique, presque rituelle. Chaque début janvier (comme à chaque vacances), les containers à déchets de Melles débordent. Littéralement. Les sacs s’accumulent autour des bennes, certains éventrés, d’autres simplement posés là, comme si le conteneur allait miraculeusement s’agrandir. La photo en témoigne : des déchets ménagers, des sacs noirs, transparents, des emballages qui dépassent. Un tableau contemporain où se mêlent l’indifférence, l’urgence de partir et cette étrange conviction que quelqu’un d’autre s’en occupera. Bienvenue dans l’après-fêtes version montagnarde, là où la sobriété promise à chaque nouvelle année devra encore patienter.
Le symptôme d’un mal plus profond
Bien sûr, on pourrait pointer du doigt les containers trop petits, la fréquence de collecte insuffisante durant cette période de forte affluence. Mais soyons honnêtes : plus les containers seraient grands, plus ils seraient remplis. C’est la loi implacable de l’offre et de la demande appliquée aux déchets. À regarder cette image, à observer ce débordement organisé, c’est une autre question qui s’impose : et si le problème était ailleurs ? Et si, au-delà de la logistique de collecte, c’était notre rapport à la consommation qui posait problème ?
Les fêtes de fin d’année sont devenues ce moment étrange où l’on célèbre la famille, la convivialité et l’amour en produisant des montagnes de déchets. C’est vrai que l’amour et l’affection se mesure à la quantité de nourriture empiffrée et gaspillée. Emballages cadeaux déchirés en quelques secondes, vaisselle jetable pour simplifier les repas de fête, surplus alimentaires jetés faute d’avoir su doser. Chaque foyer produit en moyenne 20% de déchets supplémentaires entre Noël et le Nouvel An. Multipliez cela par le nombre de résidences secondaires occupées à Melles durant cette période, ajoutez les locations saisonnières, et vous obtenez cette image.
La montagne comme dépotoir temporaire
Il y a quelque chose de profondément paradoxal dans la démarche de ces vacanciers qui viennent chercher l’air pur, le calme et la beauté sauvage des Pyrénées, pour ensuite y laisser leurs déchets comme un souvenir indésirable. Ils sont venus pour la nature, pour se ressourcer loin de l’agitation urbaine, pour montrer à leurs enfants ce que signifie “respirer”. Et puis, au moment du départ, la précipitation, l’envie de partir avant les bouchons, de rentrer à temps pour reprendre le travail : les sacs s’accumulent autour du container déjà plein.
Attendre la prochaine collecte ? Cela supposerait de garder ses déchets quelques jours de plus, de les stocker convenablement, de les emporter chez soi. Trop contraignant, visiblement. Après tout, on est en vacances, on a payé sa taxe de séjour, quelqu’un s’en occupera. Ce “quelqu’un”, ce sont les éboueurs qui devront ramasser ces sacs éparpillés, parfois éventrés par des animaux, souvent mélangés dans un joyeux désordre qui rend tout tri impossible.
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Le tri sélectif, cette utopie collective
En observant les containers, un autre constat s’impose : le tri sélectif relève souvent du vœu pieux. Des bouteilles en plastique côtoient des restes alimentaires, des cartons d’emballage sont mélangés aux ordures ménagères. Il y a même du verre, pourtant l’un des déchets les plus simples à trier, jeté pêle-mêle avec le tout-venant. Le container “déchets ménagers” accueille un peu de tout, comme si les différentes poubelles n’étaient qu’une suggestion, une option parmi d’autres.
Le manque de civisme n’est pas une spécificité melloise, loin de là. Mais il prend ici une dimension particulière. Dans un village qui incarne l’idéal d’une vie plus simple, plus proche de la nature, plus respectueuse de l’environnement, ce débordement de déchets non triés résonne comme une dissonance. Comme si les bonnes résolutions écologiques s’arrêtaient au portail de la maison de vacances.
Éboueurs et nature : les victimes collatérales
Ces déchets abandonnés en vrac ne restent pas longtemps intacts. Les corbeaux, les chiens errants, les renards, parfois même les sangliers en quête de nourriture facile : tous viennent fouiller dans ces sacs. Le résultat est prévisible : déchets éparpillés, emballages déchiquetés, un spectacle désolant qui transforme le point de collecte en décharge sauvage temporaire. Les rats et autres rongeurs, attirés par cette manne, trouvent là un festin inespéré. La prolifération des nuisibles n’est jamais loin quand la nourriture est accessible. Et ce qui ne sera pas consommé, comme les emballages plastiques finiront dans les eaux du Maudan, de la Garonne, de l’océan, les estomacs des poissons, …
Quant aux éboueurs, leur tâche se complique considérablement. Ramasser des sacs éventrés, trier ce qui peut encore l’être, nettoyer les abords souillés : leur travail, déjà pénible, devient un véritable parcours du combattant. Ces professionnels, souvent invisibles dans nos quotidiens, doivent gérer les conséquences de notre insouciance collective. Une pensée pour eux serait la moindre des choses, mais elle viendra sans doute… l’année prochaine.
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L’écho du “Chant des forêts”
Cette scène de containers débordants évoque étrangement certaines images du documentaire “Le chant des forêts“. Dans ce film bouleversant, le réalisateur capture la beauté sauvage et fragile de nos forêts, cette nature qui pulse et vibre, magnifique dans son équilibre précaire. La disparition du grand tétras, notamment, témoigne silencieusement des ravages de l’activité humaine. Mais que vaut la vie d’un grand tétras à côté des derniers gadgets chinois d’Action, de la dernière robe Shein, ou de l’agroalimentaire chimique des supermarchés ? Le contraste est saisissant, presque obscène.
À Melles, la nature est encore là, majestueuse, offerte. Les montagnes entourent le village, les forêts grimpent sur les pentes, la rivière chante en contrebas. C’est précisément ce cadre qui attire les visiteurs. Mais cette même nature devient le réceptacle de nos excès, le témoin silencieux de notre incapacité à modérer notre consommation. Il y a quelque chose d’indécent dans cette opposition : la pureté des sommets d’un côté, les containers qui débordent de l’autre.
La beauté en déperdition
Comme dans “Le chant des forêts”, on assiste à une forme de déperdition. Pas une catastrophe soudaine, mais une lente érosion de ce qui fait la valeur de ces lieux. Chaque année, le même scénario se répète. Les containers débordent, les déchets s’accumulent, on déplore, on nettoie, on oublie. Jusqu’à l’année suivante. Cette répétition a quelque chose de fataliste, comme si nous acceptions collectivement notre incapacité à changer.
Le film nous montre que la nature se défend, s’adapte, résiste. Mais jusqu’à quel point ? Les forêts peuvent absorber une certaine pression, mais pas indéfiniment. Melles peut continuer à accueillir des vacanciers qui laissent leurs déchets, mais à quel prix ? Celui d’une dégradation progressive de ce qui fait justement l’attrait du lieu ?
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La sobriété, ce concept toujours reporté
Non, la sobriété n’est pas du tout présente. Elle ne l’a été que furtivement, pendant le confinement, quand nous n’avions pas le choix. Elle affleure dans le désarroi des victimes du dérèglement climatique, dans ces moments où la réalité nous rattrape brutalement. Mais passés les ennuis, l’hyperconsommation revient au galop, repositionnant chacun dans sa pyramide sociale de la possession, toujours plus rutilante que celle du voisin. La sobriété n’est jamais volontaire, elle est toujours subie, temporaire, oubliée dès que possible.
À Melles, comme ailleurs, la sobriété attendra. Elle attendra que les containers soient vidés, que les vacanciers soient repartis, que le village retrouve son calme hivernal. Elle attendra surtout qu’on arrête de se mentir à nous-mêmes, qu’on cesse de croire qu’acheter encore et toujours plus nous définit socialement, nous élève, nous distingue. Elle attendra que nous comprenions que cette course effrénée à la possession ne mène nulle part, sinon vers ces containers débordants qui témoignent de notre incapacité collective à nous contenter de moins.
Entre bonnes intentions et passage à l’acte
Il y a un fossé considérable entre nos intentions et nos actes. Nous sommes nombreux à nous dire préoccupés par l’environnement, à partager des articles sur les réseaux sociaux, à signer des pétitions en ligne. Puis viennent les vacances, et avec elles la permission tacite de relâcher nos efforts. Après tout, on est en vacances. Après tout, on a bien le droit. Après tout, ce n’est qu’une fois par an.
Sauf que des millions de personnes se disent exactement la même chose, chacune à son tour, créant ainsi un flux constant de “petits” manquements qui, additionnés, créent ces montagnes de déchets. L’excuse individuelle devient le problème collectif. Le “ce n’est pas grand-chose” personnel se transforme en catastrophe environnementale généralisée.
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Une société qui précipite sa propre perte
Il y a quelque chose de profondément ironique dans notre situation collective. Nous disposons de toutes les connaissances nécessaires pour comprendre les enjeux environnementaux. Les scientifiques nous alertent depuis des décennies. Les données sont disponibles, accessibles, irréfutables. Nous savons. Et pourtant, nous continuons.
Cette photo de containers débordants à Melles n’est qu’un symptôme parmi d’autres d’une maladie plus profonde : notre addiction à la consommation, notre difficulté à penser le long terme, notre tendance à reporter indéfiniment les changements nécessaires. Nous sommes comme ce personnage de dessin animé qui continue à courir dans le vide, ne tombant que lorsqu’il réalise qu’il n’y a plus de sol sous ses pieds.
Le fatalisme comme réponse
Face à cette situation, le fatalisme devient presque tentant. À quoi bon faire des efforts si les autres ne suivent pas ? À quoi bon trier ses déchets si la moitié du village ne le fait pas ? À quoi bon limiter sa consommation si le voisin continue ses excès ? Ce raisonnement, aussi compréhensible soit-il, est exactement ce qui nous maintient dans l’immobilisme.
Le fatalisme est confortable. Il nous déresponsabilise. Il nous permet de pointer du doigt les autres, le système, les gouvernements, les multinationales. Tout cela est vrai, bien sûr. Le problème est systémique. Mais il est aussi individuel. Chaque sac déposé à côté d’un container plein est un choix. Chaque déchet non trié est un choix. Chaque “ce n’est pas grave” est un choix.
Et maintenant ?
La question qui se pose, inévitablement, c’est : que faire ? Augmenter le nombre de containers ? Multiplier les collectes ? Ce sont des solutions techniques, nécessaires sans doute, mais qui ne s’attaquent qu’aux conséquences, pas aux causes. Tant que nous continuerons à produire autant de déchets, il faudra toujours plus de moyens pour les gérer. C’est une course sans fin, un jeu de rattrapage perpétuel.
La vraie question serait plutôt : comment produire moins de déchets ? Comment renouer avec des pratiques plus sobres, plus mesurées ? Comment faire en sorte que venir en montagne ne rime pas avec abandon de ses responsabilités environnementales ? Ces questions n’appellent pas de réponses simples, pas de solutions miracles. Elles demandent un changement profond de mentalité, une remise en question de nos modes de vie, de nos habitudes de consommation.
Petits gestes, grands effets ?
On nous répète que les petits gestes comptent. Trier ses déchets, réduire ses emballages, composter, acheter en vrac. Tout cela est vrai. Mais ces petits gestes ne suffiront pas s’ils ne s’accompagnent pas d’une réflexion plus large sur notre rapport à la consommation, sur ce qui nous pousse à acheter toujours plus, à jeter toujours plus facilement.
À Melles, comme partout ailleurs, la sobriété attendra peut-être encore un peu. Elle attendra que nous soyons prêts, collectivement, à faire des choix différents. Elle attendra que le respect de l’environnement ne soit plus une option, une bonne résolution de début d’année vite oubliée, mais une évidence, un réflexe, un mode de vie.
En attendant…
En attendant cette hypothétique prise de conscience collective, les containers continueront à déborder. Les éboueurs continueront à ramasser les sacs éparpillés. Les nuisibles continueront à festoyer. Et nous continuerons à nous dire que la sobriété, oui, bien sûr, c’est important. Mais peut-être pas aujourd’hui. Peut-être l’année prochaine. Ou celle d’après encore.
Cette photo de Melles n’est qu’un instantané, un moment capturé après les fêtes de fin d’année. Mais elle raconte une histoire plus large, celle d’une société qui sait ce qu’elle devrait faire, mais qui ne le fait pas. Pas encore. Pas tout de suite. Comme si nous avions tout le temps du monde. Comme si la nature pouvait attendre indéfiniment notre bon vouloir.
Finalement, presque tant mieux. Cette irresponsabilité collective causera notre perte et conduira à une sobriété contrainte. Nous y viendrons, à cette sobriété tant évoquée. Mais au prix d’un carnage de la biodiversité, où l’on assiste à la disparition de nombres espèces dans des délais toujours plus courts. Le grand tétras ne sera qu’un souvenir, comme tant d’autres avant lui. Nous aurons nos containers plus petits, notre consommation rationée. Par la force des choses, pas par choix. Une victoire à la Pyrrhus, dans un monde appauvri.
Spoiler : elle ne peut pas attendre. Et elle n’attendra pas.