Written by 11h48 Mobilier, Alinea

Alinéa fermeture prochaine annoncée

 

Économie · Consommation 

L’enseigne d’ameublement née à Avignon en 1988 va fermer ses 35 magasins. Près de 1 200 salariés sont menacés de licenciement. Derrière ce drame social, c’est tout un secteur qui vacille.

Melles750.fr · 15 février 2026 · Temps de lecture : 10 min

Le 12 février 2026, un e-mail de la direction est tombé dans les boîtes de réception de 1 172 salariés. En quelques lignes, il actait la fin d’une aventure de 37 ans. SDC Holding, société roumaine et dernier repreneur en lice, venait de retirer son offre de reprise. Alinea, enseigne emblématique du sud de la France, longtemps associée à un art de vivre méditerranéen chaleureux et accessible, va disparaître.

Deux jours plus tard, le samedi 14 février, dans une cruelle ironie du calendrier, les salariés ont choisi la Saint-Valentin pour déclarer publiquement leur attachement à une enseigne qui ne les aimait plus en retour. D’Aubagne à Blagnac, de Pérols à Sainte-Geneviève-des-Bois, des débrayages de deux heures ont ponctué cette journée de colère et de tristesse dans toute la France.

1 200
emplois menacés dans 35 magasins
37
années d’existence de la marque
−47 M€
de pertes nettes en 2024
240
emplois potentiellement sauvés

Le dernier repreneur se retire : la douche froide du 12 février

La journée du 12 février restera gravée dans la mémoire des salariés d’Alinea. SDC Holding, groupe roumain qui proposait de reprendre la marque et de conserver 575 emplois sur les 1 172 que compte encore l’entreprise, a fait savoir qu’il ne se présenterait pas devant le comité social et économique (CSE) pour préciser les conditions de son offre. Motif invoqué : trop d’incertitudes sur la viabilité financière du projet et des efforts jugés excessifs pour porter la reprise.

Cette volte-face est d’autant plus brutale qu’elle intervient après la clôture des dépôts d’offres, fixée au 26 janvier. Le groupe SDC était le seul candidat à vouloir maintenir la marque Alinea en tant que telle. Les autres offres, déposées par des enseignes comme Ikea, Leroy Merlin ou Grand Frais, ne portent que sur les murs de certains magasins, sans aucune volonté de poursuivre l’activité sous le nom Alinea.

« On vient de nous annoncer le décès de notre enseigne. Les autres offres ne concernent que les murs des magasins, pas les emplois. »

— Margaux Palvini, représentante Force ouvrière à Aubagne

D’après les estimations syndicales, seuls 240 emplois pourraient être préservés dans le cadre des offres restantes. Onze magasins n’ont, à ce stade, reçu strictement aucune proposition de reprise. Le tribunal des affaires économiques de Marseille doit examiner les offres définitives le 5 mars prochain et rendre sa décision dans un délai de deux semaines. Les repreneurs ont encore jusqu’au 2 mars pour améliorer leurs propositions, mais la marge de manœuvre apparaît désormais extrêmement réduite.

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Des salariés entre colère et désespoir

À Aubagne, berceau historique de l’enseigne

Au siège social d’Aubagne, dans les Bouches-du-Rhône, environ 250 salariés ont débrayé samedi matin à l’appel de l’intersyndicale. Parmi eux, Gilda Rodriguez, 58 ans et 26 ans de maison, n’a pas retenu ses larmes devant les caméras. L’émotion était palpable dans les témoignages recueillis par l’AFP et les médias locaux. Certains salariés, proches de la retraite, se retrouvent confrontés à un vide professionnel après des décennies de dévouement.

Les revendications sont claires : les salariés exigent un plan de sauvegarde de l’emploi (PSE) digne de leur engagement, des indemnités supra-légales à la hauteur de leur ancienneté, et surtout un reclassement dans les nombreuses enseignes de la galaxie Mulliez — Auchan, Décathlon, Leroy Merlin, Kiabi, et bien d’autres. Car la famille Mulliez, qui détient Alinea via l’association familiale Mulliez (AFM), est aussi l’une des plus grandes fortunes de France, à la tête de plus d’une centaine d’enseignes.

À Blagnac, près de Toulouse : 42 emplois sur la sellette

En Haute-Garonne, le magasin de Blagnac est le dernier point de vente encore ouvert dans l’agglomération toulousaine, après la fermeture du site de Saint-Orens en 2020 lors du premier redressement judiciaire. Une dizaine de salariés ont débrayé pendant deux heures pour alerter les clients et la direction. L’inquiétude est immense : 42 postes sont directement menacés.

« On ne demande pas de la charité, mais juste du respect. On demande des indemnités supra-légales à la hauteur de notre investissement et de notre ancienneté, et la possibilité d’un reclassement dans la galaxie Mulliez. »

— Hugo Chiroli, représentant CFDT au magasin de Blagnac

La situation est d’autant plus amère pour les salariés toulousains qu’ils avaient déjà traversé une crise identique en 2020. À l’époque, la fermeture du magasin de Saint-Orens avait été vécue comme un déchirement. Six ans plus tard, c’est l’intégralité de l’enseigne qui sombre, emportant avec elle les derniers espoirs de ceux qui avaient cru à la relance promise par les actionnaires.

Mobilisation nationale

Des actions similaires se sont déroulées à travers la France. À Pérols, dans l’Hérault, les 39 salariés ont distribué des tracts aux automobilistes. À Cabriès, Toulon, Montpellier, Grenoble, Clermont-Ferrand, Herblay, Bègles, et en Essonne, les salariés ont cessé le travail à des horaires décalés tout au long de la journée. Partout, le même sentiment d’abandon domine : celui d’avoir été sacrifié par des actionnaires qui disposent largement des moyens d’accompagner dignement la fin de cette aventure commerciale.

Alinea, 37 ans d’histoire : retour sur une saga française

Comprendre la chute d’Alinea, c’est remonter le fil d’une histoire qui mêle ambition entrepreneuriale, erreurs stratégiques et mutations profondes du commerce. L’enseigne a longtemps incarné un positionnement singulier dans le paysage de l’ameublement français : à mi-chemin entre le géant suédois Ikea et les enseignes de milieu de gamme comme But ou Conforama, Alinea cultivait une identité méditerranéenne, chaleureuse, fondée sur l’art de vivre et la décoration d’inspiration provençale.

1988-1989
— Création de la marque à Avignon. Le premier magasin ouvre au Pontet.
1997-2015
— Phase d’expansion : de 2 à 26 magasins. Le CA atteint 520 M€ en 2015.
2012-2017
— Accumulation des pertes : 176 M€ perdus en cinq ans (30 M€/an).
2017
— Détachement d’Auchan. Alexis Mulliez prend la direction.
Mai 2020
— Premier redressement judiciaire en pleine pandémie.
Août 2020
— Reprise par la famille Mulliez (ordonnance Covid). Perte de 17 magasins et 1 000 emplois.
Nov. 2025
— Second redressement judiciaire. −47 M€ pour 162 M€ de CA.
12 fév. 2026
— Retrait de SDC Holding. La marque Alinea va disparaître.

L’histoire d’Alinea est aussi celle d’un paradoxe récurrent dans le commerce français : une marque aimée de ses clients, portée par des salariés engagés, mais structurellement fragilisée par des choix de gestion discutables, un réseau de magasins trop large pour un chiffre d’affaires en déclin, et une incapacité chronique à se positionner clairement face à la concurrence. L’enseigne a tenté de se réinventer en 2025 avec un site e-commerce ambitieux et un message optimiste sur un « nouvel élan pour Alinea et ses 35 magasins ». Quelques mois plus tard, le tribunal de commerce de Marseille la plaçait de nouveau en redressement judiciaire.

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Un secteur entier en crise : la tempête parfaite du meuble français

La chute d’Alinea n’est pas un cas isolé. Elle s’inscrit dans une hécatombe qui frappe le secteur de l’ameublement et de la décoration depuis plusieurs années. Habitat, Made.com, Casa France, meubles Gaultier… la liste des enseignes disparues ou en grande difficulté ne cesse de s’allonger. Maisons du Monde elle-même traverse une période de turbulences.

Le marché du meuble en chute libre

Les ventes globales d’ameublement en France ont reculé de 2 % en 2025, pour un volume d’activité légèrement supérieur à 13,5 milliards d’euros, après une chute de 5,1 % en 2024 et un recul comparable en 2023. C’est la troisième année consécutive de baisse. Le marché est directement corrélé à la santé du secteur immobilier : moins de transactions de logements signifie moins d’achats d’équipement. Or, les ventes de logements anciens ont chuté de 40 % entre 2022 et 2024 en Île-de-France, et la construction neuve a atteint des niveaux historiquement bas.

La déferlante de la fast déco

Mais la crise immobilière n’explique pas tout. Le secteur subit de plein fouet l’irruption des plateformes asiatiques Temu et Shein, qui ont étendu leur stratégie commerciale à l’ameublement et à la décoration. Les chiffres donnent le vertige : 25 % des foyers français interrogés en 2025 ont déclaré avoir acheté au moins un produit de décoration sur Temu dans les douze derniers mois, et 10 % y ont acheté du mobilier. Les importations de colis en provenance de ces plateformes ont bondi de 22 % en volume en 2024, tandis que les ventes de meubles reculaient de 7 %.

Le saviez-vous ?
Le secteur français de l’ameublement a perdu la moitié de ses effectifs et de sa capacité de production au cours des 25 dernières années, tandis que les importations en provenance de Chine ont été multipliées par 21 sur la même période (source : Ameublement français).

L’Ameublement français, la fédération professionnelle du secteur, alerte sur ce qu’elle appelle des « meubles hors-la-loi » : produits non conformes aux normes de sécurité européennes, fraude à l’écocontribution et à la TVA, descriptions mensongères qui trompent les consommateurs. Lors de tests réalisés en 2025, les taux de non-conformité atteignaient des niveaux sans précédent, y compris sur des produits sensibles comme les lits superposés pour enfants.

L’étau concurrentiel

Au-delà des plateformes asiatiques, les enseignes de milieu de gamme comme Alinea se retrouvent prises en tenaille. Ikea domine par sa force de prix, sa logistique massive et son réseau structuré. But et Conforama tiennent le marché de la grande distribution ameublement avec une agressivité promotionnelle constante. Action a colonisé le segment de la décoration du quotidien. Et pour les consommateurs au pouvoir d’achat tendu, l’achat d’un canapé à plusieurs centaines d’euros devient facilement reportable, surtout quand des alternatives à prix cassés sont accessibles en quelques clics.

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La famille Mulliez face à ses responsabilités

Le nom Mulliez revient comme un refrain dans le récit des salariés d’Alinea. Et pour cause : l’association familiale Mulliez (AFM) est l’actionnaire historique de l’enseigne, et accessoirement l’une des dynasties industrielles les plus puissantes de France. La famille, originaire du Nord, contrôle un empire commercial tentaculaire : Auchan, Décathlon, Leroy Merlin, Kiabi, Boulanger, Cultura, Norauto, Flunch, et des dizaines d’autres enseignes employant au total plusieurs centaines de milliers de personnes.

En 2020, c’est cette même famille qui avait repris Alinea après le premier dépôt de bilan, bénéficiant d’une ordonnance gouvernementale exceptionnelle — prise dans le contexte du Covid-19 — autorisant les dirigeants d’une entreprise en cessation de paiement à la reprendre eux-mêmes. Une procédure inédite, vivement critiquée par les syndicats, qui voyaient dans ce mécanisme un effet d’aubaine permettant de restructurer l’entreprise à moindre coût : 17 magasins fermés et près de 1 000 emplois supprimés, tandis que la direction restait aux commandes.

Six ans plus tard, le scénario se répète, en pire. Les salariés, qui ont consenti des efforts considérables pour relancer l’enseigne, se retrouvent à nouveau sur le carreau. Les syndicats sont entrés en discussion avec le groupe pour obtenir des reclassements dans les autres enseignes de la galaxie Mulliez et des indemnités proportionnelles à l’engagement de chacun. Mais la confiance est rompue.

« Le groupe Mulliez possède des marques comme Auchan, Décathlon, Leroy Merlin… Il a largement les moyens de nous aider, au moins de nous donner des indemnités pour entamer une reconversion professionnelle. »

— Un salarié du magasin de Pérols

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La fast déco, miroir de nos contradictions

La disparition d’Alinea pose une question de fond, qui dépasse largement le cadre d’un dossier de redressement judiciaire : quel modèle de consommation voulons-nous pour nos intérieurs ? Après la fast fashion, la « fast déco » est en train de remodeler en profondeur notre rapport aux objets du quotidien. Des meubles en kit, achetés en ligne sur une plateforme chinoise, livrés en quelques jours, utilisés quelques mois puis jetés. Un cycle infernal de surconsommation qui détruit les emplois locaux, génère des montagnes de déchets et alimente un modèle économique bâti sur l’exploitation des travailleurs et le contournement des normes.

Les chiffres sont accablants. Chaque année, entre 900 000 et 1,2 million de tonnes de meubles sont jetées en France. Les enseignes de fast déco renouvellent leurs catalogues de manière frénétique, avec des milliers de nouvelles références par an, alimentant un cycle de consommation compulsive encouragé par des algorithmes et des pratiques marketing agressives. Et les conséquences environnementales sont lourdes : transport international de marchandises à bas coût, matériaux de mauvaise qualité, produits chimiques non contrôlés, absence de filière de recyclage pour la plupart de ces objets.

Des alternatives existent

Face à ce constat, des voix s’élèvent pour défendre un autre modèle. Les associations Zero Waste France, Les Amis de la Terre et le Réseau national des Ressourceries plaident pour un encadrement strict de la fast déco, sur le modèle de la loi anti-fast fashion adoptée en France. Elles demandent la limitation des pratiques marketing incitant à la surconsommation, l’interdiction des produits non recyclables, le doublement des investissements dans la filière du réemploi, et la mise en place d’un bonus réparation pour le mobilier.

À l’échelle individuelle, les solutions ne manquent pas. Privilégier l’artisanat local et les meubles fabriqués en France ou en Europe, acheter d’occasion sur les marchés, les brocantes ou les plateformes de seconde main, faire réparer plutôt que remplacer, choisir des matériaux durables et naturels — autant de gestes qui contribuent à soutenir l’emploi local et à réduire notre empreinte écologique. Les ressourceries et les recycleries, qui se multiplient sur l’ensemble du territoire, proposent également du mobilier restauré à des prix accessibles.

Car derrière la fermeture d’Alinea, il y a aussi le signal d’un besoin urgent de repenser notre rapport aux objets. Un canapé acheté chez un artisan local, même plus cher à l’achat, dure une vie. Un meuble en kit acheté sur Temu pour quelques dizaines d’euros finira à la déchetterie dans l’année. Le vrai prix d’un meuble ne se mesure pas seulement à l’étiquette : il intègre les conditions de travail de ceux qui l’ont fabriqué, l’impact environnemental de sa production et de son transport, et la durabilité de son usage.

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Et maintenant ? Les prochaines échéances

La situation d’Alinea n’est pas encore totalement scellée sur le plan juridique, même si l’issue semble désormais prévisible. Les repreneurs potentiels ont jusqu’au 2 mars 2026 pour améliorer leurs offres. Le 5 mars, le tribunal des affaires économiques de Marseille examinera l’ensemble des propositions et devrait rendre sa décision dans un délai de deux semaines, soit aux alentours de la mi-mars.

Mais les offres restantes ne laissent guère de place à l’optimisme. Elles prévoient essentiellement le rachat de quelques emplacements commerciaux pour les transformer sous d’autres enseignes. La marque Alinea, elle, va s’éteindre. Et avec elle, un pan de l’identité commerciale du sud de la France, une enseigne qui avait su séduire des millions de clients par son positionnement chaleureux et accessible.

Pour les salariés, le combat se poursuit. Les syndicats négocient pied à pied avec la direction et les actionnaires pour obtenir un PSE à la hauteur des enjeux humains. Les prochains jours diront si la famille Mulliez acceptera de prendre ses responsabilités face à cette casse sociale, ou si les 1 200 salariés d’Alinea devront se contenter du minimum légal, dans un marché de l’emploi commercial déjà sinistré.

Cette histoire, au-delà du drame humain qu’elle représente, est aussi un avertissement. Un avertissement sur les conséquences d’un modèle économique fondé sur le prix le plus bas, la concurrence déloyale et l’obsolescence programmée. Un avertissement sur la fragilité d’un tissu commercial local qu’on croyait indestructible. Et peut-être, aussi, une invitation à repenser collectivement notre manière de consommer, d’habiter, et de prendre soin des objets — et des personnes — qui nous entourent.

Cet article sera mis à jour en fonction de l’évolution du dossier et des décisions du tribunal de commerce de Marseille.

 

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