|
Melles750.fr — Culture & spectacle vivant Samedi 31 janvier 2026 — Théâtre Jean Marmignon |
|
Ils sont cinq, sortis de l’une des écoles de théâtre les plus exigeantes au monde. Avec pour seuls accessoires quelques objets du quotidien, une bassine d’eau, des sacs en plastique et une énergie communicative, ils fabriquent sous nos yeux un univers sonore et visuel d’une précision redoutable. Frantz, créé par la compagnie BPM et mis en scène par Marc Granier, arrive au théâtre Jean Marmignon de Saint-Gaudens le samedi 31 janvier 2026. Un rendez-vous à ne pas laisser passer. |
Une histoire simple, universelle, bouleversanteFrantz est un jeune homme ordinaire. Sa vie tient dans une routine bien huilée : trottinette, bureau, dodo. Photocopieuse le matin, sandwich à midi, retour à la case départ le soir. Tout est réglé, prévisible, rassurant. Jusqu’au jour où la disparition de son père fait voler en éclats ce petit édifice soigneusement construit. À partir de ce basculement, le spectacle déroule le fil d’un voyage intérieur. Frantz doit apprendre à exister autrement, à se confronter au vide, à grandir — enfin. L’histoire n’a rien de spectaculaire sur le papier, et c’est précisément ce qui la rend si touchante. On y reconnaît des morceaux de nos propres existences, ces moments charnières où la perte oblige à se réinventer. Mais la force du spectacle tient moins à son récit qu’à la manière dont il est raconté. Car ici, presque aucun mot n’est prononcé par le personnage principal. Frantz existe par le corps, le souffle, le geste. Et tout ce qui l’entoure prend vie grâce au travail stupéfiant de trois bruiteurs installés en fond de scène. |
Du mime et du bruitage : un langage théâtral rareL’héritage de Jacques LecoqLes cinq artistes de la compagnie BPM — pour Battements Par Minute, un clin d’œil au rythme cardiaque — se sont rencontrés à l’école internationale de théâtre Jacques Lecoq à Paris. Cette formation, réputée dans le monde entier, met l’accent sur le jeu physique, le mouvement, le masque, le clown. Elle a façonné des générations d’artistes capables de raconter une histoire sans prononcer un mot. C’est exactement ce que fait Paul Ménage dans le rôle de Frantz. Sa silhouette un peu dégingandée, son jeu tout en finesse évoquent immanquablement la figure de Jacques Tati. Il porte le spectacle sur ses épaules avec une aisance qui laisse pantois, chaque geste dessinant un espace, une émotion, une situation que le spectateur recompose mentalement. Un orchestre d’objets du quotidienDerrière Frantz, trois comparses orchestrent une bande-son intégralement fabriquée en direct. Éponges, cartons, perceuses, froissements de tissu, claquements de sacs plastiques, tubes en tout genre : chaque manipulation produit un son qui habille la scène. Le vent qui souffle, la photocopieuse qui gronde, les mouettes au bord de la mer, l’ascenseur qui s’ouvre, les bruits d’une foule anonyme — tout naît sous les mains de Chloé Louis, Samy Morri et de leurs partenaires. Marc Granier, auteur et metteur en scène du spectacle, assume quant à lui le rôle du narrateur et campe le père lors des séquences de flash-back. Sa présence tisse le fil du récit, donne le tempo, relie les scènes entre elles. Les passages chantés a cappella, d’une justesse et d’une beauté désarmantes, ajoutent encore une dimension émotionnelle au spectacle. |
|
La compagnie BPM : des battements par minute qui font vibrer la scèneLa compagnie BPM est née en 2019, fondée par Marc Granier au sortir de l’école Lecoq. Le nom — Battements Par Minute — résume tout un programme : celui d’un théâtre vivant, organique, qui bat au rythme du cœur. Un théâtre qui respire et qui fait respirer. Frantz est leur première création, peaufinée pendant les confinements successifs. Ce temps suspendu leur a permis de travailler la synchronisation millimétrée qui fait la signature du spectacle. Car le bruitage en direct demande une précision chorégraphique redoutable : chaque son doit tomber pile, chaque geste du mime doit trouver son écho sonore dans la seconde. Le spectacle a tourné largement en France, passant notamment par La Scala à Paris et par le festival d’Avignon Off, où il a été salué par la critique. Marc Granier est aussi membre fondateur du collectif du festival des Hauts Plateaux en Haute-Savoie, un projet de théâtre populaire en plein air ancré dans son territoire — une philosophie qui résonne avec notre sens de la culture en milieu rural ici dans les Pyrénées. Outre Frantz, la compagnie a créé La nuit prochaine, une pièce chorale qui explore les polyphonies vocales, confirmant leur appétit pour les formes théâtrales qui mobilisent le corps et la voix bien au-delà du texte. Les artistes de BPM ne sont pas des adeptes du moindre effort : chaque membre poursuit en parallèle des projets personnels, des collaborations, des recherches. Paul Ménage compose pour le cinéma d’animation et la danse. Chloé Louis explore le chant polyphonique traditionnel avec la troupe IPAC dans les Hautes-Vosges. Samy Morri pratique le chant lyrique au conservatoire de Pantin. C’est cette richesse individuelle, mise en commun sur le plateau, qui donne au spectacle cette densité qu’on ne simule pas. Le parcours de la compagnie rappelle aussi que le spectacle vivant, en France, ne se résume pas aux grandes scènes parisiennes. BPM a grandi en tournée, de festival en théâtre municipal, en tissant un lien direct avec les publics locaux. C’est dans ces salles de ville, comme celle de Saint-Gaudens, que le théâtre trouve peut-être son expression la plus juste — loin de l’entre-soi, au plus près des gens. |
|
Pourquoi ce spectacle mérite le détourUn théâtre accessible et généreuxFrantz est un spectacle qui parle à tout le monde. Pas besoin de maîtriser les codes du théâtre contemporain pour y entrer. Le mime est un langage universel, le bruitage fascine autant les enfants que les adultes. D’ailleurs, le spectacle est accessible dès 10 ans, ce qui en fait une sortie familiale idéale un samedi soir d’hiver. On rit — beaucoup. On est ému — sincèrement. Et surtout, on ressort avec cette sensation rare d’avoir vu quelque chose de profondément artisanal, de fabriqué à la main, loin des effets numériques et des scénographies grandiloquentes. C’est un théâtre de peu de moyens et de beaucoup de talent, où l’imagination du spectateur est sans cesse sollicitée. Ce qu’en dit la presseLa Terrasse salue une atmosphère séduisante et une maîtrise scénique impressionnante. Le Figaro recommande chaleureusement le spectacle, soulignant l’engagement physique de Paul Ménage et la virtuosité des bruiteurs. Du côté de M La Scène, on parle d’un petit bijou de théâtre burlesque au charme détonant. Les mots reviennent comme un refrain : inventif, poétique, touchant, magique. C’est assez rare qu’un spectacle issu du Off d’Avignon fédère à ce point la critique. Et c’est plus rare encore que cette exigence artistique reste aussi accessible au grand public. Frantz réussit ce pari-là sans forcer le trait, avec une élégance désarmante. Un rendez-vous culturel en CommingesLe théâtre Jean Marmignon de Saint-Gaudens fait partie de ces salles qui comptent dans le paysage culturel du piémont pyrénéen. Sa programmation, portée par la ville, mêle théâtre, danse, musique, cirque et conférences, avec l’ambition d’aller chercher des publics variés. Accueillir un spectacle comme Frantz s’inscrit parfaitement dans cette démarche : un geste artistique fort, exigeant et joyeux, accessible à toutes les bourses et à tous les âges. Et puis avouons-le : en plein hiver, une soirée au théâtre dans la chaleur d’une salle, à rire et à s’émouvoir en bonne compagnie, ça vaut bien une descente de piste. |
Un théâtre artisanal qui fait du bienIl y a quelque chose de profondément réjouissant à voir un spectacle qui ne doit rien aux écrans, rien aux projections vidéo, rien aux machines sophistiquées. Frantz est un spectacle qui se fabrique devant nous, en temps réel, avec ce qu’il y a sous la main. Les bruiteurs ne cachent rien de leurs gestes : on les voit manipuler, frotter, taper, souffler, et c’est justement cette transparence qui crée la magie. Comme un tour de prestidigitation dont on connaîtrait le truc sans que l’émerveillement diminue d’un pouce. Ce parti pris d’économie de moyens n’est pas un hasard. Il est au cœur de la démarche de la compagnie BPM, héritière d’une tradition théâtrale qui considère que le plateau nu est le plus beau terrain de jeu qui soit. Quand tout repose sur le corps, la voix, le rythme et l’écoute entre les interprètes, c’est le lien avec le public qui en sort renforcé. Pas de quatrième mur, pas de distance : on est embarqué. Le bruitage, un art méconnu qui fascineLe bruitage de scène reste un art relativement confidentiel en France, bien plus développé dans le cinéma que sur les planches. En croisant cette discipline avec le mime corporel hérité de Lecoq, la compagnie BPM touche à quelque chose d’unique. Les spectateurs — et particulièrement les plus jeunes — sont fascinés par cette capacité à créer un monde sonore complet avec trois fois rien. On entend la pluie, le vent, le ressac de la mer, le ronronnement d’un moteur, le tintement d’une sonnette, et tout cela naît d’un bout de carton, d’une éponge humide ou d’un sac qu’on froisse. C’est un spectacle qui réconcilie les générations. Les enfants y découvrent la puissance de l’imagination, les adultes y retrouvent un émerveillement qu’ils croyaient égaré. Et tout le monde rit aux mêmes endroits, s’émeut aux mêmes moments. C’est cette dimension collective, partagée, qui rend Frantz si précieux dans un paysage culturel parfois trop cloisonné. |
|
Informations pratiques
DistributionTexte et mise en scène : Marc Granier. Avec Paul Ménage, Chloé Louis, Samy Morri, Kathleen O’Reilly et Marc Granier. Création lumières : Johannes Johnström. Régie lumières : Camille Monchy. Création costumes : Malou Galinou. Direction musicale : Paul Ménage. Production : compagnie BPM, La Scala Productions & Tournées. |
|
|
Melles750.fr — Magazine en ligne reconnu service de presse Pyrénées · Vie à la montagne · Modes de vie écoresponsables |