La marque française Papa Chiche, spécialisée dans le snacking protéiné, vient de lancer sa gaufrette protéinée au collagène saveur chocolat. L’argument est séduisant : 15 g de protéines, 5 g de collagène, une texture qui rappelle les goûters de l’enfance. Le tout pour 2,99 € la portion. Mais derrière le discours marketing bien huilé (de palme), c’est le cas de le dire, se cache une liste d’ingrédients qui mérite un examen attentif.
Car dans la course aux protéines, que sacrifie-t-on vraiment ? Entre huile de palme en troisième position dans la liste, acides gras saturés qui représentent les deux tiers des matières grasses totales et collagène aux promesses scientifiquement contestées, cette gaufrette est un cas d’école de l’alimentation ultra-transformée qui avance masquée sous l’étendard du « healthy ».
Décryptage des ingrédients : ce que l’étiquette révèle
Voici la liste complète des ingrédients telle qu’elle figure sur le produit : mélange protéique (protéines de lait, gélatine hydrolysée), farine de blé fortifiée (carbonate de calcium, fer, niacine, thiamine, acide folique), huile de palme, liqueur de cacao, sucre, fructose, émulsifiant (lécithine de soja), beurre de cacao, arômes, poudre de cacao dégraissé, protéine de pois, farine de soja, huile de tournesol, sel, matière grasse laitière, poudre à lever (bicarbonate de sodium), farine de maïs.
Rappelons un principe fondamental de la réglementation européenne : les ingrédients sont listés par ordre décroissant de quantité. Après le mélange protéique et la farine de blé, c’est donc l’huile de palme qui arrive en troisième position. Elle précède le cacao, le sucre et tous les autres composants. C’est un signal fort.
L’huile de palme : un choix économique, pas nutritionnel
L’huile de palme contient environ 50 % d’acides gras saturés, principalement de l’acide palmitique. C’est considérablement plus que l’huile de colza (7 %) ou l’huile de tournesol (10 %). L’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation (ANSES) considère que l’acide palmitique, consommé en excès, est athérogène : il favorise le dépôt de plaques graisseuses sur la paroi interne des artères, augmentant ainsi le risque cardiovasculaire.
Dans cette gaufrette, les chiffres parlent d’eux-mêmes : sur 9 g de matières grasses par portion, 6 g sont des acides gras saturés. Cela représente 67 % de la teneur en graisses. Pour un produit qui se positionne comme un allié « shape et minceur », ce ratio est problématique.
L’ANSES recommande que les acides gras saturés ne dépassent pas 12 % des apports énergétiques totaux. Pour une alimentation à 2 000 kcal, cela représente environ 27 g par jour. Deux gaufrettes apportent déjà 6 g, soit plus de 22 % de cette limite quotidienne. Ajoutez à cela les autres sources de graisses saturées consommées dans la journée, et le compte est vite dépassé.
Valeurs nutritionnelles pour 2 gaufrettes
| Énergie | 195 kcal (817 kJ) |
| Matières grasses | 9 g |
| ↳ dont acides gras saturés | 6 g ⚠️ |
| Glucides | 13 g |
| ↳ dont sucres | 5,5 g |
| Fibres alimentaires | 1 g |
| Protéines | 15 g |
| Sel | 0,21 g |
Sucre et fructose : le double jeu des sucres ajoutés
La liste mentionne « sucre » et « fructose » comme deux ingrédients distincts. Cette stratégie bien connue des industriels permet de fractionner les sucres ajoutés en plusieurs entrées, évitant ainsi qu’un seul terme « sucre » ne remonte trop haut dans la liste. Le résultat affiché, 5,5 g de sucres totaux, peut sembler modéré, mais il faut garder à l’esprit que le fructose ajouté en tant que tel (et non celui naturellement présent dans les fruits) est de plus en plus pointé du doigt par la communauté scientifique pour ses effets sur le métabolisme hépatique et la résistance à l’insuline lorsqu’il est consommé en excès.
« Arômes » : le flou réglementaire
La mention « arômes » sans la précision « naturels » est un indice. En réglementation européenne, un arôme non qualifié de « naturel » peut être d’origine synthétique. Un choix qui contraste avec le positionnement « snack malin » du produit, car un arôme naturel aurait très probablement été mis en avant comme argument de vente s’il avait été utilisé.
Collagène hydrolysé : miracle ou mirage ?
La gaufrette affiche 5 g de collagène, présenté sous forme de « gélatine hydrolysée » dans la liste des ingrédients. Le collagène est effectivement la protéine structurelle la plus abondante du corps humain, représentant environ 30 % de nos protéines totales. Il joue un rôle fondamental dans la structure de la peau, des articulations, des os et des tendons. À partir de 25 ans, sa production naturelle diminue progressivement. Ce constat biologique est incontestable.
Mais l’Inserm, dans un dossier « Canal Détox » publié en 2025, apporte un éclairage nuancé sur les suppléments de collagène. L’institut rappelle un fait fondamental : le corps humain ne peut pas assimiler le collagène sous sa forme intacte. Lorsqu’il est ingéré, il est dégradé en acides aminés qui peuvent ensuite servir à synthétiser différentes protéines, et pas nécessairement du collagène. L’Inserm souligne également que les études disponibles présentent de nombreuses limites méthodologiques : échantillons réduits, absence de groupe placebo, doses et durées de traitement non standardisées.
L’UFC-Que Choisir a mené sa propre enquête sur les compléments de collagène, pointant des pratiques commerciales trompeuses dans le secteur et remettant en cause les allégations avancées par de nombreux fabricants. Plusieurs nutritionnistes rappellent qu’une alimentation équilibrée, riche en protéines variées et en vitamine C, suffit à soutenir la production naturelle de collagène par l’organisme, sans recourir à des suppléments onéreux.
Avec 5 g par portion dans une gaufrette, on est loin des doses de 10 à 15 g généralement utilisées dans les études cliniques. La question se pose donc : le collagène sert-il ici réellement la santé du consommateur, ou constitue-t-il avant tout un argument marketing efficace pour justifier un positionnement premium ?
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Huile de palme : le coût sanitaire et environnemental
L’utilisation d’huile de palme dans un produit qui se revendique du « snacking intelligent » pose une double question : sanitaire d’abord, environnementale ensuite.
Sur le plan de la santé
L’huile de palme, avec ses 50 % d’acides gras saturés à longues chaînes, occupe une place singulière parmi les huiles végétales. L’acide palmitique qui la compose majoritairement est classé comme athérogène par l’ANSES lorsqu’il est consommé en excès. Si certaines méta-analyses récentes nuancent le lien direct entre huile de palme et risque cardiovasculaire dans le cadre d’une alimentation saine et équilibrée, le problème réside précisément dans le fait que cette huile est omniprésente dans les produits ultra-transformés : biscuits, chips, viennoiseries, pâtes à tartiner, et désormais… gaufrettes protéinées.
En France, la consommation moyenne d’huile de palme est estimée entre 2 et 4 grammes par jour. Mais pour les consommateurs réguliers de produits industriels, et les adeptes du snacking protéiné en sont souvent, cette moyenne peut être largement dépassée. Le risque d’une accumulation « inconsciente et non maîtrisée », pour reprendre les termes de l’ANSES, est bien réel.
L’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) a également alerté sur la présence de contaminants formés lors du raffinage de l’huile de palme, notamment le 3-MCPD, un composé potentiellement néphrotoxique, et les esters de glycidol, classés génotoxiques et potentiellement cancérigènes.
Sur le plan environnemental
L’Indonésie et la Malaisie concentrent 85 % de la production mondiale d’huile de palme. Cette culture intensive est directement responsable de la déforestation massive en Asie du Sud-Est, de la destruction d’habitats naturels pour des espèces menacées (orangs-outans, tigres de Sumatra, gibbons), et de l’émission de quantités considérables de gaz à effet de serre liées au défrichage des tourbières tropicales.
Pour un consommateur soucieux de son empreinte écologique — et le public cible du snacking protéiné se dit souvent sensible à ces enjeux — la présence d’huile de palme constitue un paradoxe difficile à ignorer. Des alternatives existent : beurre de cacao, huile de tournesol, huile de coco (dont l’empreinte fait aussi débat), ou encore des matières grasses issues de filières européennes. Le choix de l’huile de palme est avant tout un choix économique : c’est la matière grasse la moins chère du marché mondial.
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Fabriqué au Royaume-Uni : une recette française, mais pas un produit français
Papa Chiche revendique une « recette 100 % développée en France », mais la fabrication est réalisée au Royaume-Uni. La marque l’explique par l’absence, en France, d’ateliers capables de produire des gaufrettes protéinées à la texture souhaitée. C’est un argument recevable d’un point de vue technique, mais qui mérite d’être mis en perspective.
La fabrication au Royaume-Uni implique un transport transatlantique des matières premières et du produit fini, avec l’empreinte carbone associée. Elle signifie aussi que la production est soumise à la réglementation britannique post-Brexit, qui diverge progressivement des normes européennes. Pour un produit vendu au consommateur français, cette délocalisation n’est pas anecdotique.
On peut aussi s’interroger : si l’innovation technologique empêche la fabrication française, est-ce bien raisonnable de développer un produit dont la composition nécessite un procédé industriel inaccessible sur notre territoire ? Cela en dit long sur le degré de transformation du produit.
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Les protéines à tout prix : la dérive du « macro-centrisme »
Le marché du snacking protéiné explose. Porté par les réseaux sociaux, par les influenceurs fitness et par une culture du « tracking » nutritionnel qui réduit l’alimentation à des chiffres (macronutriments, calories, grammes de protéines), il génère des produits toujours plus « optimisés » sur le papier, mais dont la qualité globale régresse.
Le cas de cette gaufrette Papa Chiche illustre parfaitement cette tendance. On affiche 15 g de protéines en gros, on met en avant le collagène comme un plus santé, et on relègue l’huile de palme, les arômes non naturels et les acides gras saturés dans les petites lignes de l’étiquette. Le consommateur, focalisé sur ses « macros », ne regarde souvent que la première ligne : le taux de protéines.
Or, la qualité d’un aliment ne se résume jamais à un seul nutriment. C’est le principe même de la matrice alimentaire : un nutriment isolé n’a pas le même impact métabolique selon qu’il est intégré dans un aliment brut ou dans un produit ultra-transformé. Les 15 g de protéines d’un morceau de poulet grillé, d’un œuf dur, d’une portion de lentilles ou d’un morceau de fromage n’auront pas le même effet sur l’organisme que ceux d’une gaufrette industrielle fourrée d’huile de palme et de sucres ajoutés.
L’allergie à la liste : gluten, soja, lait
La gaufrette contient trois allergènes majeurs : gluten (blé), soja et lait. Elle est également fabriquée sur des équipements où sont utilisés des fruits à coque. Pour un produit qui cible un public large, sportifs et non-sportifs, cette accumulation d’allergènes est un facteur limitant important. Les personnes intolérantes au lactose, au gluten ou allergiques au soja se voient automatiquement exclues.
Un faible apport en fibres
Avec seulement 1 g de fibres par portion, la gaufrette ne contribue pas significativement à la satiété qu’elle prétend apporter. Les fibres jouent pourtant un rôle central dans la régulation de la glycémie, la santé du microbiote intestinal et la sensation de rassasiement durable. Leur quasi-absence ici est un indice supplémentaire du degré de transformation du produit.
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Quelles alternatives pour un apport protéiné responsable ?
La bonne nouvelle, c’est que l’offre en snacks protéinés évolue et que des alternatives plus vertueuses existent. Voici quelques pistes pour allier apport en protéines et exigence nutritionnelle.
Les aliments bruts restent imbattables : un œuf dur apporte 6 à 7 g de protéines complètes avec zéro additif. Une poignée d’amandes (30 g) fournit 6 g de protéines accompagnées de bonnes graisses insaturées, de fibres et de magnésium. Du fromage blanc ou du skyr offrent 8 à 10 g de protéines pour 100 g, avec une matrice laitière bénéfique au microbiote. Des pois chiches grillés, en version fait maison ou issus de marques transparentes, permettent un apport protéiné végétal riche en fibres.
Pour les barres protéinées, privilégiez celles dont la liste d’ingrédients est courte, sans huile de palme, avec des protéines issues de whey isolate ou de sources végétales identifiées, et si possible certifiées bio. Des marques émergentes proposent désormais des formulations sans huile de palme et sans arômes artificiels, avec des matières grasses de meilleure qualité nutritionnelle.
Quant au collagène, les nutritionnistes rappellent qu’une alimentation variée, incluant des protéines animales (viande, poisson, œufs) et une bonne dose de vitamine C (agrumes, poivrons, kiwis), suffit à soutenir la synthèse naturelle de collagène par l’organisme. Le bouillon d’os, traditionnel et peu coûteux, reste une source particulièrement riche et naturelle de collagène.
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Notre verdict : savoir lire entre les lignes
La gaufrette protéinée au collagène de Papa Chiche n’est pas un produit dangereux en soi. Consommée occasionnellement, elle ne représente pas un risque sanitaire particulier. Mais elle incarne une tendance de fond préoccupante : celle de l’alimentation ultra-transformée qui se pare des atours du « healthy » grâce à un nutriment-vedette, ici les protéines et le collagène, tout en incorporant des ingrédients discutables comme l’huile de palme.
Le vrai problème n’est pas la gaufrette elle-même, mais le système de pensée qu’elle alimente : celui où l’on réduit la nutrition à des chiffres de macronutriments, où l’on accepte d’ingurgiter de l’huile de palme et des arômes artificiels pourvu que l’étiquette affiche un nombre suffisant de grammes de protéines, et où l’on paie 2,99 € pour un snack industriel fabriqué outre-Manche en croyant faire un choix santé.
Dans les Pyrénées et dans nos montagnes, les anciens n’avaient pas besoin de gaufrettes au collagène pour maintenir des articulations solides et une peau en bonne santé. Ils marchaient, ils mangeaient des aliments bruts et locaux, ils faisaient des bouillons d’os. Cette sagesse alimentaire, fondée sur la simplicité et la qualité des ingrédients plutôt que sur le marketing des « super-nutriments », reste le meilleur guide.
En résumé
✗ Huile de palme en 3ᵉ position des ingrédients
✗ 67 % de graisses saturées dans les matières grasses totales
✗ Collagène à dose inférieure aux études cliniques
✗ Arômes non naturels, fabrication hors de France
✗ Seulement 1 g de fibres par portion
✓ 15 g de protéines, faible teneur en sucres (5,5 g)