(Last Updated On: 31 décembre 2023)

La Carline l’épicerie bio de territoire et coopérative la plus vertueuse ? L’initiative ne vient pas des Pyrénées, mais de la Drôme dans la petite ville de Die. En trente ans, ce qui n’était initialement qu’un groupement d’achat exceptionnel de quelques consommateurs est devenu une épicerie coopérative (SCIC) bio essaimant autour d’elle des initiatives tout aussi positives. Son activité première d’épicerie bio compte aujourd’hui une quinzaine d’employés et réalise un chiffre d’affaire conséquent de 2,7 millions d’euro. Mais à La Carline la valeur d’un modèle économique ne se mesure pas qu’en chiffre d’affaire ou en marge. Car aujourd’hui La Carline accompagne des producteurs, des fournisseurs du lancement de leur activité, au développement de leurs ventes en passant par la communication. Et alors que l’épicerie aurait pu prendre ses aises dans un magasin plus grand pour vendre encore plus, elle décide pour limiter son impact négatif (artificialisation des sols, déplacement des consommateurs, …) d’aider au développement d’épiceries complémentaires sur son territoire. Grandir plutôt que grossir. Une quête de sens permanente qui élargit considérablement les frontières du modèle économique traditionnel d’une épicerie.



La Carline une épicerie concertée et inspirante

Une épicerie avec 2,7 millions d’euros de chiffre d’affaire en questionnement permanent ce n’est pas courant. Surtout que pendant que le marché de la bio s’effondre depuis trois ans, La Carline limite la baisse de son activité à 4% (3% sur la part inflation) en se permettant le luxe de redistribuer la marge de certains produits aux producteurs et/ou aux consommateurs. Comme dans tout bon commerce, les choix stratégiques commencent par les achats. La priorité absolue est donnée aux produits locaux, dont la définition est à géométrie variable en fonction des produits. Ainsi dans le magasin la distance de production des produits est clairement affichée. Outre la distance, La Carline s’attache fortement aux relations avec les producteurs. L’objectif n’est pas de démultiplier les références comme dans une chaine de supermarché. A La Carline les clients savent pourquoi ils viennent, et « le bavardage » autour des produits vient le rappeler à ceux qui viendraient là un peu par hasard.



La Carline et le partage de la valeur

Le partage de la valeur et des valeurs est fondamentale dans le modèle inspirant de La Carline. La marge entre l’achat et la vente des produits s’établit ou moins trente pour-cent. Une donnée dans la moyenne des commerces en bio. La différenciation vient de la manière de fixer les prix. Mais aussi de la capacité à verser une avance en trésorerie en début de saison aux différents producteurs. Ou bien encore de l’initiative de baisser la marge sur les produits en ultra-local autour de Die (-4%). Côté social, les employés de La Carline perçoivent une rémunération au SMIC +20%. Car quel serait le partage de la valeur si d’un côté on traitait les producteurs dont une relation équitable pour par ailleurs étouffer ses employés dans des tâches souvent rébarbatives et pénibles. Dans l’équipe l’écart la différence de rémunération ne peut pas dépasser 1,7. Enfin la marge nette dégagée par la coopérative reste au sein de la structure. Elle est réinvestie dans les projets de la coopérative ou dans des projets autour. La coopération prend ainsi des participations dans d’autres coopératives complémentaires.



Essaimer plutôt que grossir

Outre la dimension de commerce équitable, de traitement social responsable, La Carline se différencie nettement dans son appréhension de la croissance. La croissance de La Carline ne se mesure dans son chiffre d’affaire intrinsèque mais dans sa capacité à essaimer localement. Il faut du courage et de l’audace pour renoncement à déménager dans un magasin plus grand avec son parking en périphérie de ville. Plutôt que grossir La Carline préfère grandir et faire grandir. Ainsi, elle assume l’accompagnement et le financement d’épiceries complémentaires sur le territoire. Car finalement où est la valeur d’une épicerie bio et locale ? Est-elle dans l’alignement de références pour satisfaire des clients de supermarchés ? Ou dans le transfert d’un savoir faire à développer l’économie locale par la structuration du filière alimentaire locale ou de proximité en général ?

Pour en savoir plus sur La Carline : le très bon article de Reporterre ou le circuit-court sur le site de La Carline.

Crédit photo Diois-tourisme